jeudi 19 mai 2011 10:31
Oublier le mobile, chercher le mobile
par Pierre Marcelle
tag : justice
Donc, dimanche, à l’aube d’ici et dans l’après-midi de là-bas, boum !, les arrestation et inculpation de Dominique Strauss-Kahn - je vous la fais courte, on ne parle que de ça. Vacarme considérable, conséquences universelles entre devenir de la crise monétaire et redistribution des cartes dans la perspective de la présidentielle française, mélange de tous les genres, confusion de tous les fantasmes, vertige et sidération dans le face-à-face des deux hypothèses instantanées, de la provocation machinée et de la pulsion incontrôlée, l’une et l’autre également plausibles, évidemment (sinon, quel intérêt ?). Soit dimanche à l’aube d’ici et dans l’après-midi de là-bas, à se mettre sous la plume, rien. En droit, un classique parole contre parole dont l’enquête jugera, et, plus ou moins consciente et assumée, dans le for de chacun, une intime conviction, par nature ondoyante et fluctuante. Pour l’établir, l’asseoir, l’étayer, tout au long du jour mille non-dits plus ou moins allusifs pudiquement bordurés par l’énoncé principiel d’une « présomption d’innocence » (de l’accusé, s’entend) déclinée à satiété ; belle et bonne, dans un Etat de droit, elle devrait imposer à tout un silence démocratique et prudent. Un détail partout rapporté trouble cependant l’entendement. Avéré ou non mais tiré du rapport de police, il fait état de l’oubli, par le patron du FMI, de son téléphone mobile dans sa chambre qu’il quittait pour se rendre à l’aéroport. Il y a peu d’années encore, cette précision, anodine, nous aurait à peine accroché l’oreille. Oublier son portable, ça arrive à tout le monde, non ? Tiens, moi, ça m’arrive encore deux ou trois fois par mois, plus ou moins délibérément… Mais pour Dominique Strauss-Kahn, avec toutes ces choses importantes qui l’occupent, serait-ce possible de se départir de son appendice autrement qu’à moi nécessaire ? Tout au long du jour, cette information dérisoire a imprégné l’entendement, jusqu’à devenir prégnante pour tout auditeur transformé bon gré mal gré en petit reporter. Oublier son portable ? Inconcevable, pour un homme de ce rang, sauf à traduire un état particulier - vous voyez ce que je veux dire… Au soir venu, l’habeas corpus avait pour Dominique Strauss-Kahn des allures d’« habeas mobilus ». Paru dans Libération du 17/05/2011
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