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mardi 28 septembre 2010 15:21

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PS3 : Move ton cul du sofa

par Olivier Séguret

tag : PS3

DR

Ce n’est qu’un produit, un de plus, mais il en dit long sur un certain état des lieux de l’industrie du jeu vidéo, toujours aussi frénétique, innovante et lucrative, malgré les montagnes russes financières où la crise continue parfois de brinquebaler. Le Move, c’est son nom, est un système de reconnaissance de mouvements, conçu pour la PlayStation 3, qui combine une manette et une caméra. Son lancement donne le signal de la nouvelle étape dans laquelle sont engagés les constructeurs de consoles, l’infernal trio Microsoft, Nintendo et Sony.

Le Move, pour le dire crûment, c’est la leçon que Sony a tirée du succès planétaire de la Wii de Nintendo (près de 70 millions d’unités vendues) et de la rupture radicale que proposait la Wiimote, première manette à reconnaissance de mouvements du marché. En conquérant un public qualifié de casual, c’est-à-dire plus familial, plus féminin et plus occasionnel que le cœur de cible hardcore traditionnel, Nintendo a provoqué une révolution copernicienne dans l’industrie, que ses concurrents, après quelques saisons de mépris et d’incrédulité, ne pouvaient plus ignorer. Deux mois après Sony et son Move (à partir de 54,90 euros), ce sera donc au tour de Microsoft d’entrer dans la danse avec le système Kinect conçu pour sa Xbox 360 (le 10 novembre en France).

D’ici Noël, tous les joueurs sur consoles disposeront donc d’une forme ou d’une autre de ces nouveaux systèmes de détection, et les catalogues de jeux s’y appliquant sont voués à s’étoffer. Mais cela signifie-t-il que le jeu vidéo tout entier s’installe dans ce nouvel âge ? On peut en tout cas considérer l’histoire du jeu sous l’angle d’un affranchissement en évolution permanente : la lutte du joueur contre les artifices qui s’interposent entre lui et son jeu. Les progrès techniques, ici, sont ceux qui s’effacent le mieux et contribuent le plus efficacement à la fusion du joueur avec l’univers simulé où il se plonge. Par-delà les tendances et les rivalités, la boussole supérieure de cette industrie ne vise par conséquent que le même Grand Nord : l’immersion, à laquelle la reconnaissance de mouvements (puis la reconnaissance vocale et celle des traits physiques, qui suivront nécessairement) offre une indéniable nouvelle dimension.

Cependant, si l’on pousse cette optique à son terme logique, la question se pose : une manette, fût-elle le Move ou une Wiimote, n’est-ce pas déjà un accessoire de trop ? C’est en tout cas la déduction à laquelle Microsoft paraît avoir abouti avec Kinect, qui consiste en un seul capteur placé sous le téléviseur et qui libère donc le joueur de sa dernière prothèse : plus de manettes, c’est avec son corps, sa tête, ses membres (et à terme sa voix) qu’il joue ou pilote l’interface. Dans la course aux nouvelles techniques d’immersion, c’est ainsi Microsoft qui relance le plus spectaculairement le cochonnet. Avec un supplément de risques, puisque la technologie n’est pas éprouvée, mais aussi avec une plus grande chance d’introduire, à l’instar de la Wii, un changement important dans le modèle industriel, d’être du même coup le leader de ce schisme et d’en tirer les plus gros bénéfices. Les risques eux-mêmes sont relatifs : en consacrant à la campagne de promotion de Kinect un budget marketing équivalent à celui du lancement d’une nouvelle console (et qu’un responsable de Microsoft a chiffré en centaines de millions de dollars), le colosse américain met toutes les chances de son côté pour un succès commercial du système, au moins dans les premiers mois de son lancement. Un objectif audacieux de 3 millions de ventes d’ici Noël a été annoncé par la firme.

La stratégie du Move semble différente. Sony s’est bien gardé d’annoncer des objectifs précis, mais on peut avoir une idée de l’échelle de ses ambitions avec l’estimation à 100 000 des unités mises en place pour le lancement du système en France, où l’on compte près de 2,5 millions de PS3 (sur un parc mondial d’environ 40 millions). Le Move semble plutôt viser une installation dans la durée, au fil des applications qui viendront le soutenir, s’imposant progressivement, selon le vœu de Shuhei Yoshida, grand chef de la division jeu au sein de la multinationale, comme « la seconde manette standard pour PS3 ».

Entre la manette à reconnaissance de mouvements (modèle Wii) et la caméra qui traque ceux-ci en trois dimensions (modèle Kinect), Sony n’a donc pas choisi : le Move combine l’une et l’autre. C’est sans doute une manière de limiter les risques, aussi bien du côté des développeurs, acclimatés à la Wiimote, que du public mainstream, auquel on ne demande pas un saut conceptuel radical. Du succès de ces nouveaux systèmes dépendra une autre grande question concernant l’avenir immédiat de cette industrie. Avec leurs PS3 et Xbox respectives, Sony et Microsoft abordent ce qu’ils voudraient considérer comme le milieu du cycle de vie de ces machines. Là où, précédemment, s’était établi un cycle plus ou moins tacite de cinq à sept ans, les deux constructeurs déclarent vouloir porter à dix ans la durée de l’actuelle génération de consoles haute définition. Move et Kinect surgissent donc dans ce mid-term théorique pour relancer l’attrait de ces dernières et soutenir leur longévité.

En revanche, que cette tendance s’avère un feu de paille ou un changement de fond, on sait quelle sera la prochaine étape, vers laquelle fonce déjà l’intrépide trio de constructeurs : le jeu vidéo en relief, sur consoles de poche ou téléviseurs 3D. Et la téléportation, c’est pour quand ?

Paru dans Libération du 28/09/2010


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