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mardi 8 février 2011 09:37

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Pad à modeler

par Olivier Séguret

tag : PS3

DR

Little Big Planet 2
développé par Media Molecule MEDIA sur PS3
environ 60 €

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Un gigantesque coffre à joies

Une communauté de joueurs s’est créée en ligne pour échanger leurs bricolages de « gameplay », de films et de bandes-son.

Voici deux ans, une petite planète moussue venait se satelliser quelque part dans la banlieue terrestre : Little Big Planet, un monde alternatif au nôtre et habité par Sackboy, première vraie mascotte du XXIe siècle, taillé dans une toile de sac à pommes de terre et avec deux boutons à la place des yeux, dont l’irrésistible frimousse réveille chez n’importe qui un impératif d’adoption. Conçu dans les forges du studio britannique Media Molecule, Little Big Planet (LBP), jalouse exclu de la Playstation 3, revient sous la forme d’un volet « 2 » qui est surtout une gigantesque mise à jour parfaitement compatible avec le précédent opus, auquel il ajoute d’innombrables fonctionnalités.

Plus qu’un jeu, Little Big Planet est un jouet, et même un concept. Pris par la main adorable du petit bonhomme couleur châtaigne, le joueur est invité dans un monde qui ne vole pas son nom : une planète entière. Il commence alors par entamer ce qui ressemblerait presque à un jeu de plateforme classique, malgré l’espèce de frénésie un peu anormale qui l’anime dès son départ. L’ingéniosité des niveaux, leur humour, leur scansion affolée forment une entreprise parfaite de dédramatisation et de décomplexion. Courez, sautez, attrapez, mourez, ressuscitez, le tout à la vitesse contradictoire d’un nounours mou interagissant avec des décors très animés. Et n’oubliez pas d’embrasser qui vous voudrez : en coopération ou en ligne, ou les deux mélangées, les parties peuvent atteindre l’hilarante frénésie d’une vraie bataille de polochons.

Sans presque s’en apercevoir, le joueur collecte aussi au fil de son exploration une quantité incalculable d’accessoires utiles à la deuxième phase de l’expérience Little Big Planet : la construction de niveaux, la fabrication d’univers ludiques entièrement personnels, puis leur partage en ligne.

 

Avec la même facilité qu’autrefois les gommettes et la pâte à modeler, le joueur s’empare ainsi des outils du développeur. Certes, on lui épargne les phases de calcul et les lignes de codes, et tous les dispositifs proposés ici ne sont que des translations prosaïques des machines véritables servant à la fabrication d’un jeu. Mais l’illusion est parfaite et la méthode efficace : après quelques inévitables pâtés, tout un chacun est en mesure de se glisser dans la peau d’un game designer du dimanche. La dimension proprement plastique de Little Big Planet, sa consistance physique, sa cohérence, son harmonie esthétique et même son invraisemblable fouillis prennent alors toute leur ampleur. Le style, c’est vrai, y est pour beaucoup : Media Molecule accomplit une nouvelle fois un superbe travail, dont l’extrême raffinement va parfois se nicher dans des détails invisibles au joueur pressé. Devant le travail aussi universel que british du studio, on songe à la formule de Deleuze s’amusant à résumer quelques siècles de philosophie européenne : « Les Allemands fondent, les Français construisent, les Anglais habitent. » LBP est une démonstration brillante de cette capacité à habiter le monde du jeu, pour le forger à ses mœurs, ses goûts et ses désirs, sans oublier de fournir au joueur tous les outils possibles pour qu’à son tour il s’y sente chez lui.

La grande question sous-jacente à Little Big Planet n’en reste pas moins : qui suis-je ? Ici, plus que dans tout autre jeu, deux expériences totalement différentes, voire inverses, sont à portée de manette, selon que l’on fera pencher son curseur personnel vers l’exploration de niveaux ou vers leur création. Casanier ou en réseau, solitaire ou collectif, voyeur ou exhibitionniste : à chacun de choisir son angle et sa planète. Le seul vrai dénominateur commun à chaque partie de LBP reste quant à lui intangible : l’humour. Qu’il soit tendre ou carnassier, Little Big Planet est un jeu qui colle sur le joueur un irrépressible et permanent petit sourire en coin.

Paru dans Libération du 07/02/2011


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