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samedi 14 mai 2011 09:57

  • télévision

Paolini fait, ni à faire

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : TF1

Photo sébastien Calvet

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TF1, peau de chagrin

Un JT qui s’essouffle, des audiences en berne, une part de marché qui chute : la Une, grignotée par la TNT, voit s’éloigner durablement sa domination historique sur le PAF.

Info, pub, programmes... : ce qui cloche à TF1

Revue des symptômes touchant la première chaîne.

Faites entrer la TNT

Si la Une chute, c’est surtout parce que désormais tout le monde a 18 chaînes…

Lui aussi est arrivé en mai 2007, et lui aussi fête ses quatre ans de présidence. Et, comme le président de la République Nicolas Sarkozy, Nonce Paolini n’est pas très en forme. Pourtant, quand il prend les manettes de la chaîne il y a quatre ans à la suite de la terrorisante paire Patrick Le Lay-Etienne Mougeotte, Paolini, ex-DRH de TF1, est plutôt populaire auprès des salariés. Il faut dire qu’il est à l’origine du plan d’intéressement des employés de la Une, qui a vu certains palper moult pépettes. Une de ses premières décisions, virer PPDA pour le remplacer par Laurence Ferrari, est également bien vue par la rédaction. Et c’est la main sur le cœur que Nonce Paolini jure que le trash sur TF1, c’est fini : exit Charles Villeneuve et son louche Droit de savoir.

Mais cette néo-quête de sens fait long feu. Les nouveaux magazines de deuxième partie de soirée, présentés par des quasi-inconnus, ne sont, malgré des dehors plus vertueux, guère plus recommandables que celui du vieux Charles. Et TF1 fait toujours son miel de la télé-réalité, en particulier le très distingué Secret Story. Les divertissements, eux, patinent, la variété s’étiole, l’info s’écroule. Laurent Storch, nommé directeur des programmes par Paolini en 2008, l’avouait volontiers lors de son arrivée : dans la grille de TF1, hormis les séries américaines, il fallait tout changer. « Du sol au plafond », précisait-il alors.

Il faut dire que les prédécesseurs de Paolini lui ont bien savonné la planche en lui léguant une grille sclérosée mais qui, au moins, fonctionnait bien. Quatre ans plus tard, ce n’est plus le cas. En avril, TF1 a connu neuf prime times au-dessous des 20 % de parts de marché. Si on avait dit ça à Patrick Le Lay, ses chers menhirs bretons l’auraient entendu hurler depuis la tour de TF1 à Boulogne-Billancourt.

En mai 2009, il est décidé d’adjoindre un numéro 2 à Paolini : Axel Duroux, réputé pour avoir redressé RTL. En octobre, Duroux prend son poste mais les deux patrons se marchent vite sur les orteils : les deux se piquent d’être experts en programmes et chacun veut diriger la boîte. Martin Bouygues remonte une fois les bretelles des sacripants. La deuxième fois, Duroux s’éclipse. Paolini a eu sa peau. La collaboration aura duré deux mois.

L’étonnant dans cette histoire, c’est que personne ne semble payer les pots cassés. Seules victimes pour l’heure : le rédacteur en chef de Laurence Ferrari et Laurent Storch, le patron des programmes, remplacé par Jean-François Lancelier, son numéro deux. Des rustines. « Ce remplacement est absurde, Lancelier était déjà associé à toutes les décisions de Storch, se désole un observateur. Et puis, Lancelier, c’est un bon chef de gare, mais ce n’est pas lui qui va inventer les trains du futur. »

Et Nonce Paolini alors ? Bénéficierait-il d’une totale impunité ? « Il y a d’énormes problèmes éditoriaux et industriels à TF1, et Martin Bouygues ne réagit pas », constate un autre spécialiste des médias. Et face à cette situation, le PAF se gratte la tête. « Le problème, c’est qu’à la tête de cette machine d’influence qu’est TF1, Bouygues a besoin d’un homme à lui, et des hommes à lui, il n’en a pas d’autres que Paolini », analyse notre spécialiste. D’autres sont plus radicaux pour expliquer l’attitude de Bouygues : « Il y a deux hypothèses crédibles : soit c’est un benêt. Soit il se dit qu’il va vendre TF1 après la présidentielle. » C’est au choix.

 

Paru dans Libération du 13 mai 2011


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