lundi 1er octobre 2012 12:41
Partir de Facebook, c’est pas données
Tous les vendredis, dans Libération, la chronique « Débat d’IP ». Cette semaine, retour sur l’affaire du « bug Facebook ».
par Erwan Cario
tags : Facebook , données personnelles , Débat d’IP
Photo CC BY-SA Ksayer1
La France a eu peur. Pour être précis, les utilisateurs français de Facebook ont eu peur. En tout cas, ceux qui étaient connectés entre 14h30 et 20h30 lundi, entre l’annonce par le site de Métro que certains messages privés auraient déboulé sur les Journaux Facebook, et le démenti crédible du réseau social (lire l’article). Si le bug n’en était pas un, la panique, elle, était réelle. Ils ont eu peur car ils utilisent quotidiennement un service dont ils se méfient, dans lequel ils n’ont aucune confiance. Le site de Mark Zuckerberg a déjà montré, par des changements dans la politique de confidentialité, par l’instauration de fonctions invasives ou par des modifications douteuses dans les conditions générales d’utilisation, que cette défiance est justifiée. Mais ils continuent à l’utiliser, pour partager états d’âme et photos, pour prendre des nouvelles, pour rester en contact. Ils ont peur mais ils sont attachés à Facebook. C’est un beau service, Facebook. Prétendre le contraire, comme le font ceux qui appellent régulièrement à l’exode massif, à quitter le réseau social pour un ailleurs qui n’existe pas, c’est nier l’intérêt de la fonction même de réseau social pour les utilisateurs. Car aujourd’hui, partir de Facebook, c’est se couper de certains de ses amis qui y sont restés, et c’est aussi renoncer à tout ce qui a été partagé durant plusieurs années. Ils sont attachés à Facebook. Avec une jolie chaîne. Car ce n’est pas tant par la qualité technique de son service — qui est indéniable par ailleurs — que Mark Zuckerberg fidélise les internautes, c’est par l’impossibilité pour eux de choisir un autre prestataire. Car si les données personnelles partagées sur Facebook l’étaient vraiment, personnelles, il faudrait avoir le choix de partir avec, dans des conditions qui permettent leur réutilisation. C’est loin d’être le cas. On aurait pourtant bien moins peur de Facebook et de ses dérives réelles ou fantasmées si, d’un clic (ou deux, ne soyons pas trop radicaux), on pouvait transférer tout son historique vers un autre site, en conservant —pourquoi pas ? — ses liens sociaux. Une interopérabilité des données personnelles, en somme. Un doux rêve, sans doute, mais qui permettrait de partager sa vie en ligne sans avoir l’impression de la céder.
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