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lundi 14 décembre 2009 15:38

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« Pascal le grand frère », tête à claps

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : TF1

DR

Réquisitionné pour vacciner à la chaîne au collège Sébastien-Cauet de La Betterave-sur-Oise (Somme), le Dr Garriberts a tenu à s’absenter quelques instants pour, futurs parents, vous délivrer un important conseil : choisissez soigneusement le prénom de votre enfant, bon sang de bonsoir ! Et évitez les Dylan, Gilda, Kataree, Priscilla, de même que, attention à la nuance, Prescillia. Pourquoi donc ? Pour éviter que la chair de votre chair ne termine dans le zoo de Nonce Paolini (tiens, évitez Nonce aussi), à servir de punching-ball à Pascal le grand frère, le fameux redresseur de mômes. Un mardi par mois, passé 23 heures, ce gaillard se charge de remettre des Dylan ou des Prescillia dans le droit chemin du CAP à qui il applique la méthode pédagogique de l’université de Guantánamo. Et ce en s’installant une semaine durant chez la famille aux abois et objurguant à tout-va. Pire encore, ou en fait rassurant, cette télé-réalité serait légèrement bidonnée à en croire le Parisien de l’autre semaine qui publiait, avant même l’enregistrement de l’émission diffusée mardi dernier, la feuille de tournage prévoyant la moindre algarade entre Dylan et sa môman. Bidonné, Pascal le grand frère ? Rhôôô… En tout cas, s’il y a un scénariste dans cette affaire, il fourgue systématiquement à TF1 la même histoire et les mêmes personnages. Ce cochon.

Oscar du Pascal

Pascal se résume à deux rides et un blouson. Ni les unes ni l’autre ne le quittent jamais. Pour le blouson, on n’a pas encore bien saisi mais les rides, chez Pascal, disent alternativement deux choses : pas content et super pas content. Pas content quand il voit les barbaries commises par son cobaye (chambre en bordel, vol dans le porte-monnaie de maman ou épandage de soda sur ladite maman). Et super pas content quand il y a atteinte au respect. Pas bien ça. Ainsi, cette petite insolente de Flora, qui ne s’est même pas déplacée pour accueillir celui qui va lui coller aux basques une semaine durant, se fait très vite recadrer : « Tu ne m’accueilles même pas, la cueille Pascal, t’as aucun respect. » A l’inverse, Pascal sait être magnanime, gratifiant Dylan : « C’est bien tu as enlevé tes écouteurs, c’est une marque de respect. » C’est que Pascal, nous apprend le générique à la voix de basse, « les adolescents difficiles, il connaît. Son enfance, il l’a passée dans une banlieue du nord de Paris ». Voilà qui aurait même déjà dû le bombarder à la tête de l’Education nationale. Monsieur le ministre Pascal le grand frère… Mais quitte à vous décevoir, tranchons dans le vif : le nom de Pascal n’est pas Le Grand Frère, mais Soetens. Et, même si une notice Wikipédia farceuse lui prête des études à Normale Sup et une agreg de philo, il est prof de kung-fu.

César du Dylan

« Vas-y, me prends pas les couilles. » « Vas-y, casse-moi pas les couilles. » « Ouais, je m’en bats les couilles. » Ah et aussi : « Putain, il me casse les couilles, ce frère de merde. » Pas étonnant, après tel châtiment infligé sans cesse à ses humbles génitoires, qu’à la fin de l’émission, Dylan soit aussi doux qu’un chat castré. Oui, on ne va pas se mentir, le débarquement du Grand Frère dans l’appartement familial ne se passe pas toujours très bien. Voyez ces animaux étranges qu’il doit dresser et leur étonnante coiffure symbole d’un crachat à l’ordre établi : Prescillia, à la chevelure blonde dessus, marron dessous. Ou Gauthier dont le front s’orne de petites mèches gélifiées qui ne sont pas sans évoquer le collier de griffes de Rahan. Et leurs cris, souvent donc à base de testicules concassés mais pas seulement. Ecoutez ce brame de l’adolescente dont Pascal veut revendre le PC pour régler les dettes : « Moi, j’ai pas demandé à le voir, ce trou du cul. » Ou, dans la même veine, Dylan à sa mère : « Arrête de dire que de la merde. » Chapeau, le dialoguiste.

Lion d’or du scénario

Autour de nos deux héros, Pascal le grand frère et notre ado en grand con, se tresse à chaque émission le même canevas. Dans un hôtel, Pascal visionne l’état du carnage. Voit Dylan se prendre le chou avec son beau-père. Plisse très fort le front et diagnostique : « Je comprends que Dylan n’accepte pas l’autorité de son beau-père. » Wow. Quelle vista. Nous on dit : Monsieur le grand frère. Une fois délivrée cette analyse de haute volée, Pascal emménage dans la chambre de l’ado. Non sans se livrer à un état des lieux : « Non seulement, c’est un boxon mais ça pue. » Qui peut se terminer en drame, Pascal décidant de faire le ménage par le vide en jetant les fringues par la fenêtre. Troisième étape énoncée par la voix off : « Pascal analyse la situation », tandis que parents et enfant se jettent des noms d’oiseaux, voire carrément de pélicans, à la figure. Puis, immanquablement, le môme fugue. Enfin, il va fumer sa clope devant la maison où Pascal l’empoigne : « Parle-moi ! » En face, l’autre s’enferme dans le mutisme, braqué par la caméra de TF1 qui lui scrute l’âme jusqu’au fond des trous de nez. Là, et même souvent « pour la première fois », voilà que « Pascal doute ». Là, cher scénariste, on te voit un peu venir.

Palme de la happy end

Car sitôt passé la pub, Pascal, plutôt que d’orienter le jeune vers un CAP « Punk et berger allemand », dégaine la maïeutique. En l’espèce, la boxe. Le jeune, frappant de ses petits poings acnéiques sous les encouragements chaleureux de Pascal (« Tu frappes comme une gonzesse »), peut expulser son mal-être et le lourd secret qui l’habite. Du style, môman ne s’occupe plus de moi depuis qu’elle s’est remariée. Là, tout de suite ça va mieux et la rédemption est en marche, le CAP rattrapé, la famille réconciliée. Et la maman aimée de nouveau. Oui même celle-ci qui avait offert à son fils un abonnement premium de vingt ans au Grand frère : « Quand t’es arrivé au monde, j’espérais une petite fille, malheureusement t’es un garçon. » Oublié, tout ça, car c’est l’heure de Coldplay ou de Robbie Williams, dont les mélopées de guimauve nappent les systématiques happy ends de Pascal le grand frère. L’enfant sauvage aime ses parents, il travaille, parfois il s’engage dans l’armée. C’est beau comme une fiction de TF1.

Paru dans Libération du 12 décembre 2009


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