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mardi 13 mai 2008 07:51

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Passeports : La biométrie se fiche de nous

Flicage. Dès 2009, les passeports seront équipés de cette technologie.

par Marie-Joëlle Gros

tag : vie privée

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Huit empreintes digitales et par-dessus tout (...)

Vous aussi, vous aurez bientôt droit à votre passeport biométrique. Son décret d’application vient d’être publié au Journal officiel. Sans passer devant le Parlement ni suivre l’avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), qui s’en inquiète. Ce nouveau passeport biométrique, disponible en juin 2009, va donc devenir obligatoire.

Quoi, ça ne vous ravit pas ? C’est vrai qu’on a un peu de mal à se reconnaître sur une photo numérisée. D’où cette nouvelle insulte : « Dis donc, t’as une de ces têtes ce matin, on dirait que t’es biométrique... » Mais il y a beaucoup plus préoccupant : la création d’une banque de données centralisée.

La biométrie suit le chemin de la vidéosurveillance, en entrant chaque jour un peu plus dans nos vies. Son principe  : identifier les individus à travers les particularités de leurs corps (empreintes digitales, iris de l’œil, contour du visage etc.). Un petit côté James Bond à première vue, beaucoup moins séduisant dès que l’on comprend que toutes les polices du monde rêvent de constituer des bases de données des individus, et de les interconnecter.

Le problème d’une technologie, c’est toujours l’usage qu’on cherche à en faire. Au nom de la sécurité, est-il nécessaire de collecter des infos intimes sur tous, uniquement pour s’assurer qu’escrocs ou criminels ne passeront pas à travers les mailles du filet  ? Retour sur une technologie qui inquiète autant qu’elle fascine.

Comment ça marche  ?

Les empreintes digitales, l’iris de l’œil, le contour du visage, celui de la paume, le réseau veineux, la voix, l’haleine, appartiennent au patrimoine biologique de chacun d’entre nous. Ces particularités recèlent donc tout un tas d’informations intimes qui permettent l’identification des individus, de manière plus ou moins fiable. A quoi servent-elles  ? A limiter les cas d’usurpation d’identité, à contrôler qui a accès à un lieu ou un territoire, à surveiller les allers et venues. Ce qui nécessite la constitution d’une base de données, pour les classer. Dans le cas d’un impératif de sécurité majeur (passeports, notamment), le procédé peut se comprendre, à condition d’être débattu. Mais en dehors de ce cas de figure, la question de fond reste toujours la même  : le jeu en vaut-il la chandelle  ?

Les ancêtres sécuritaires

Prenons les empreintes digitales. Autrefois, on imbibait d’encre un seul index et on le plaquait sur une carte d’identité. Sur le nouveau passeport ce sont carrément les empreintes de huit doigts qui seront numérisées. L’informatique a accéléré le mouvement. L’ordinateur mouline les données et la comparaison des empreintes se fait dans l’instant. Le FBI, par exemple, préparerait une gigantesque base de données biométriques. En collectant plusieurs éléments (empreintes des doigts et iris de l’œil par exemple), difficile pour un escroc de passer à travers les mailles du filet. Même quand on s’est ruiné en achats de postiches, voire en opérations de chirurgie esthétique.

A la cantine et au travail

De plus en plus d’entreprises ou de cantines scolaires cherchent à s’équiper de systèmes d’accès biométriques. « Ce développement est exponentiel », souligne la Cnil. Après examen, elle a autorisé 494 dispositifs biométriques en entreprise en 2007, contre seulement 34 en 2005. Et à ce jour, 195 cantines scolaires possèdent déjà le leur. Le plus fréquent, c’est le contour de la main  : vous posez votre paluche dans un lecteur et le système vous autorise à passer, ou pas. Dans ce cas-là, la machine ne fait que reconnaître votre main : elle ne la compare pas avec d’autres, ne farfouille pas dans une base de données. Il n’y a —a priori— pas vraiment de grave dérive possible. L’argument de vente, c’est de se débarrasser des badges ou des codes, qu’on peut toujours perdre ou oublier. Mais on peut imaginer que la collecte serve à identifier un élève qui mangerait deux fois de suite au réfectoire, ou celui qui n’aurait pas payé son trimestre. En 2005, des étudiants ont organisé la destruction de deux bornes biométriques dans la cantine d’un lycée de Gif-sur-Yvette (Essonne), ce qui leur a valu de la prison avec sursis. Dans l’entreprise, les dispositifs biométriques donnent accès à des sites sécurisés. Et servent de plus en plus souvent de pointeuse.

Pourquoi ça fait peur  ?

Dans un monde de surveillance et de suspicions, la biométrie a la cote. Ses ardents ambassadeurs mijotent des cocktails mêlant ADN, biométrie et vidéosurveillance. Les défenseurs des libertés publiques (dont la Ligue des droits de l’homme et d’autres associations soucieuses des dérives liées à la multiplication des fichiers) s’en inquiètent depuis longtemps. Le mois dernier, une campagne nationale —« Dépassons les bornes »— a été organisée contre la biométrie. La constitution d’immenses bases de données, à l’échelle d’un pays, voire d’un continent ou de la planète, a de quoi ­préoccuper.

En outre, la biométrie est par nature une technologie intrusive puisqu’elle rattache la donnée biométrique à son porteur  : c’est le corps qui permet l’identification. Pourtant, le grand public y est rarement sensible. Comme si la dématérialisation liée à l’informatique limitait les prises de conscience. Comme pour la géolocalisation (dont les bracelets électroniques), les réseaux sociaux (comme Facebook sur Internet), ou les moteurs de recherche (comme Google), qui permettent de savoir tant de choses sur les uns et les autres.


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