vendredi 7 novembre 2008 10:45
Patrick de Carolis sonne la retraite
Télé sans pub. France Télévisions prévoit 900 départs volontaires d’ici à 2012.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : politique , publicité , économie , France Télévisions
Des salariés du groupe manifestant contre les conclusions de la commission Copé, le 25 juin. Photo Vincent Nguyen. Riva-Press
Le grand dépeçage de France Télévisions a-t-il démarré ? Entendu mercredi par les députés PS avant l’examen de la loi sur l’audiovisuel, Patrick de Carolis a lâché un chiffre : 900. Oui, 900 départs volontaires à France Télévisions d’ici à 2012 . Sur les 11 000 salariés, quasiment 10 % de l’effectif. Et ce, alors que le vibrionnant porte-parole de l’UMP Frédéric Lefebvre jugeait il y a trois semaines « évidemment nécessaire qu’il y ait un certain nombre de gens qui partent ». Après la suppression de la pub, la suppression des emplois sur la télé publique ? Pour l’heure, Carolis « reconnaît que son groupe est contraint à de sérieuses économies ». Mercredi, le député PS Didier Mathus lui a posé la question : « Plan social ou pas ? » Carolis a répondu qu’il ne planchait pas sur cette hypothèse, mais qu’il travaillait à « un dispositif incitatif de départs volontaires à la retraite pour des collaborateurs ayant toutes leurs annuités. » Au total, donc, 900 personnes sont concernées. « Potentiellement concernées, précise-t-on chez Carolis, c’est une projection statistique » du nombre de salariés qui auront leurs annuités, mais pas 65 ans, d’ici à 2012. En 2007, un dispositif similaire avait été mis en place, avec à la clé, 200 départs, dont la moitié ont été remplacés. Mais depuis, un certain Nicolas Sarkozy est passé par là, qui a annoncé la suppression de la pub, mais sans financer les nouveaux programmes, et transformé France Télévisions en une entreprise unique. Est-ce alors une exigence de Bercy, avec qui France Télévisions négocie actuellement son avenir financier jusqu’en 2012 ? « Non, indique un des dirigeants de la télé publique, ça ne fait pas partie des négos, mais l’effet financier apparaîtra dans le plan d’affaires. » Nuance. Les discussions continuent d’achopper sur le retour à l’équilibre du groupe : Bercy l’exige en 2010 et Carolis le juge impossible avant 2012. A plusieurs reprises, devant l’insistance de Bercy à trouver des économies, les dirigeants de la télé publique ont posé la question : « Voulez-vous un plan social ? » Sans réponse. Ce sera donc une « incitation » à la retraite : « France Télévisions n’a pas besoin du choc d’un plan social, estime-t-on chez Carolis, nous préférons agir en douceur avec un dispositif incitatif. » Surtout, cela pourrait permettre d’atteindre l’équilibre à la date voulue par le ministère. Même si France Télévisions plaide que l’économie ne sera que de « quelques millions d’euros ». Les syndicats, qui soutenaient plutôt Carolis ces derniers temps, l’ont saumâtre. D’apprendre la nouvelle via le PS d’abord, alors que, peste le SNJ, Carolis « ne s’adresse ni aux salariés, ni à leurs représentants [...] depuis plusieurs semaines ». La CGT, elle, prévient qu’elle « s’opposera à tout départ au rabais appuyé sur un chantage ». Du style : partez donc à la retraite et estimez-vous heureux que je ne fasse pas pire. Traduction de la CFDT : « C’est un plan social qui ne veut pas dire son nom. » Paru dans Libération du 7 novembre 2008
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