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jeudi 3 mars 2011 09:34

  • cinéma

« Paul », UFO de tout pour faire un monde

par Alexandre Hervaud

tags : science-fiction , comédie

DR Universal

Paul de Greg Mottola avec Simon Pegg, Nick Frost… 1 h 42.

Quoi de plus geek qu’un séjour au Comic Con de San Diego, convention annuelle dédiée à la BD, aux super-héros, à la science-fiction, où la norme est de s’y rendre déguisé en second couteau oublié de Star Wars ? Sans doute l’enchaînement de ladite sauterie avec un road trip direction la Zone 51, secteur du Nevada dont les bases militaires et faits divers ufologiques en font un spot touristique pour les amateurs de petits hommes verts.

C’est le cas de Graeme et Clive (Simon Pegg et Nick Frost), deux potes anglais au volant d’un camping-car bien décidés à prendre la pose devant tous les attrape-couillons du coin entretenant la frénésie alien. Le voyage dérape quand le duo rencontre un authentique extraterrestre, sobrement baptisé Paul, par ailleurs fumeur de joint au langage fleuri et fugitif. La bestiole, une création en images de synthèse, est doublée en VO par le rigolo Seth Rogen (28 ans, récemment le Frelon vert) et en VF par Philippe Manœuvre (pile deux fois l’âge de Rogen, récemment doubleur du chanteur de Kiss dans un jeu vidéo).

Apprenant l’imminence de son exécution, Paul s’est évadé d’un centre secret d’où il conseillait depuis soixante ans le gratin mondial en matière de science, politique et divertissement populaire. Le scénario du E.T. de Spielberg ? Ça vient de lui, ce qui nous vaudra au passage une apparition (vocale) du réalisateur de Jurassic Park. Le personnage de Mulder dans la série X Files ? C’était son idée. Un joli CV qui ne l’empêche pas d’être poursuivi par des men in black coriaces, mais qui lui permet de s’incruster avec Graeme et Clive, bientôt rejoints par une bigote créationniste borgne.

Titiller la fibre nostalgeek en (ab)usant de références pop est un terrain glissant, voire casse-gueule (cf. les Scream, dont le quatrième volet débarque en avril). Pegg et Frost s’en sortent avec les honneurs, sans grande surprise, sachant qu’en une série jouissive (Spaced, réalisée par Edgar Wright) et deux films cultes (Shaun of the Dead et Hot Fuzz, toujours avec Wright), ils ont démontré leur savoir-faire en matière de récits inspirés, où les vannes nerd enjolivent le scénario mais n’en constituent pas la matière première. Wright les ayant lâchés pour tourner son Scott Pilgrim, un autre metteur en scène hérite du bébé : Greg Mottola, qui avec SuperGrave (2007) et Adventureland (2009) a atomisé la concurrence en matière de teen movies.

Fort d’un casting dont le moindre second rôle échoit à une tête connue des amateurs d’humour américain, Mottola délivre un hommage drôle et touchant au cinéma de science-fiction des années 70-80, de Zemeckis à Lucas en passant par McTiernan et l’omniprésent Spielberg, pas revu au cinéma depuis son triste Indiana Jones 4. Amusant de constater comment deux comiques britanniques ont finalement mieux réussi que lui à revisiter sa propre mythologie.

Paru dans Libération du 02/03/2011

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