mercredi 14 novembre 2007 10:58
Pays-Bas : des espions du ministre à la source de l’info
par Sabine Cessou
Photo Patrick Koslo. Jupiter Images
Un ministère qui vient espionner les dépêches directement dans le système informatique d’une agence de presse, ça fait mauvais genre. C’est ce que vient de découvrir la GPD, (Services de presse associés), la seconde agence du pays, qui fournit en informations les quotidiens régionaux. Deux de ses anciens employés, engagés comme attachés de presse par le ministère des Affaires sociales, ont utilisé en toute illégalité le code d’accès personnel d’un journaliste de la GPD pour se connecter sur le réseau informatique interne de l’agence. La rédaction en chef a découvert le pot aux roses le 5 novembre : un porte-parole du ministère a candidement téléphoné, pour demander des modifications dans un portrait du ministre, à paraître. Le 19 octobre, la GPD avait déjà été contactée par un officiel des Affaires sociales, qui voulait intervenir sur un article traitant du changement de la loi sur les licenciements. Interrogé par l’agence, le fonctionnaire a refusé de dire d’où il tenait la version toute fraîche de cette dépêche, encore non publiée. Après enquête, la GPD a découvert 366 intrusions du ministère des Affaires sociales sur son réseau, depuis juin 2006. Ses prévisions ayant aussi été consultées, l’agence se demande si le ministère ne s’est pas permis de contacter des sources, avant même que les sujets ne soient traités. « Apparemment, plusieurs hauts fonctionnaires n’ont aucune objection contre ce genre de pratique », a tempêté Marcel van Lingen, le rédacteur en chef de la GPD. Le monde des médias est sous le choc. L’Agence de presse néerlandaise (ANP) va vérifier qu’elle n’a pas fait l’objet du même type d’espionnage, tout comme les rédactions des chaînes de télévision. Harm Taselaar, le rédacteur en chef de RTL Nieuws, a dénoncé des méthodes dignes de « l’ex-Union soviétique ». « Le marketing politique est devenu si important que toutes les normes ont sauté », s’est indignée, le 9 novembre, Arda Gerkens, députée socialiste, lors d’un débat d’urgence sur la question au Parlement. Le ministre des Affaires sociales, Piet Hein Donner, assure ne pas avoir été au courant de ces pratiques, qu’il « regrette ». La justice a été saisie, à la fois par la GPD et le ministère, tandis que les deux fonctionnaires incriminés ont été mis à pied. Leur avocate dénonce des « accusations disproportionnées », et affirme que ces attachés de presse n’ont jamais cherché à manipuler la GPD. Voilà qui ne va pas arranger les affaires du gouvernement. Déjà, au classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, les Pays-Bas sont tombés de la 4e à la 12e place cette année. En cause, la garde à vue de deux reporters du quotidien De Telegraaf, qui refusaient de dévoiler leurs sources. Et c’est sans compter une autre affaire où le ministère de la Coopération est accusé d’avoir financé un dossier spécial sur le Darfour, paru début novembre dans l’hebdomadaire de gauche Vrij Nederland. Soixante pages de publi-reportage qui ne se sont pas annoncées comme telles. L’hebdo, qui a déjà publié un dossier du même type sur l’Afghanistan, a reconnu son « erreur ».
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