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mercredi 25 mai 2011 12:59

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Pendant ce temps-là, au e-G8 : journée 2

par Camille Gévaudan

tags : Europe , e-G8

Photos Camille Gévaudan, CC BY SA

8h34

C’est la commissaire européenne en charge de la société numérique, la néerlandaise Neelie Kroes, qui introduit la seconde journée de l’e-G8 par un petit laïus sur les éventuelles futures discussions qui pourront mener à un débat qui fera avancer les choses vers un potentiel effort européen sur la régulation d’Internet. Bon, on exagère un poil... Kroes dit vouloir dé-bureaucratiser l’Europe pour s’adapter plus vite à la révolution numérique, car elle craint parfois « que les gouvernements ne comprennent pas l’étendue des changements actuels ». Quelques réflexions intéressantes sur le système du droit d’auteur et de la rémunération de la création, aujourd’hui « dépassé » : « Il faut combattre le piratage en s’attaquant au problème à la source », avance Kroes au pays d’Hadopi, c’est-à-dire en favorisant l’offre légale plutôt que la répression. Elle cite Netflix, qui propose des abonnement illimités aux films et séries en streaming pour une somme modique, aux États-Unis.

 

9h12

On n’a pas eu le temps de digérer le petit pain aux raisins chipé au royal buffet du « restaurant » que les choses sérieuses commencent : « Comment construire le futur ? », s’interroge , en guise de fil conducteur, la première conférence matinale. Vaste programme... auquel on n’est pas sûr que les intervenants — 4 entrepreuno-millionnaires — n’aient apporté la moindre piste de réflexion. Notre très pertinent ministre chargé de l’économie numérique, Eric Besson, propose avec audace de « chercher à favoriser des systèmes qui sont favorables », tandis que le gourou de Free, Xavier Niel, nous sert un discours anti-Hadopi ramolli qui s’oppose à la déconnexion des pirates mais suggère « des amendes ». Le brillant Lawrence Lessig (professeur à Harvard) se lance dans un véritable show en communion avec son powerpoint rythmé, et traite les gouvernements de junkies infoutus de lâcher leur came, c’est-à-dire les vieux modèles législatifs et juridiques inadaptés au Net. Les industriels parlent de Silicon Valley, de taxes, de stratégies d’investissement (silence ennuyé) ; Lessig lâche les mots « open », « free », « net neutrality » (ovation). C’était quoi, le thème du débat, déjà ? Ah, oui : le futur. Chacun en a effectivement donné sa vision. Le dialogue, lui, n’a pas pointé le bout de son nez.

 

10h34

Alors qu’on bâille ferme en écoutant les « chairmen » (présidents) et « CEO » (DG) « réinventer le business traditionnel », un petit tweet bourdonne sur le réseau wi-fi du chapiteau : la Quadrature du Net improvise une contre-conférence de la « société civile » dans la salle de presse. On plie bagage et quitte la plénière sur-le-champ : même avec une demie-heure d’avance, il ne s’agirait pas de louper une si belle occasion.

 

Photo Andréa Fradin

 

11h06

Jérémie Zimmermann, co-fondateur de la Quadrature du Net, présente la tablée des voix discordantes. De gauche à droite : Jeff Jarvis (journaliste américain), Lawrence Lessig (prof de droit à Harvard), Susan Crawford (de l’Icann), Jean-François Julliard (secrétaire général de Reporters sans frontières) et Yochai Benkler (Harvard également). Le changement d’ambiance est radical. A l’écart des magnats de l’e-économie, derrière « le tapis rouge et les paillettes » de cet e-G8 que moque, amer, Jérémie Zimmermann, c’est un autre web qui prend la parole. On est choqué de voir confié aux industriels le monopole des conférences. On rappelle qu’il n’y a pas de consensus autour de l’Internet civilisé et responsable. On s’avoue « effrayé par ceux qui sont effrayés par Internet ». On rappelle le nombre de 126 cyberdissidents enfermés dans le monde « pour avoir dit la vérité sur Internet », et on déplore que le sujet de la censure ait été banni du forum. On se félicite que nombre d’internautes puissent aujourd’hui former un « contrepoids » fidèle aux valeurs de « liberté, égalité, fraternité. » On respire, on se serre les coudes, on se réchauffe le coeur. Et on ressort de la sombre, toute petite salle de presse pour affronter les paillettes et le tapis rouge.

 

 

14h10

Les macarons manquaient de légèreté et de variété : pas d’autre choix qu’un classique chocolat ? Rien de plus fruité ? Tant pis : on a déjà notre dose de dilemme avec les ateliers (workshops, pardon). L’après-midi est divisé en deux séances de trois tables rondes simultanées. « La mobilité change tout », « Internet tue-t-il ou réinvente-t-il la presse », ou « Open data : pour le peuple et par l’Internet » ? « Plouf plouf », nous suggèrent de fidèles soutiens sur Twitter. Oui, mais non. On fera un tour au deux ateliers les plus politiques en essayant de reconstituer la moitié manquante du débat à l’écoute de l’autre. C’est sportif.

 

 

14h42

Le réseau Wi-Fi du forum est pour le moins chaotique : marche, marche pas, marche, marche à moitié, marche plus.... Quand soudain, la terre tremble sous nos chaises en plastique : il paraîtrait que le forum est victime d’une attaque informatique. Il paraîtrait que ça vient de l’intérieur (on voit mal comment hacker le wi-fi de l’extérieur, certes). Il paraîtrait même que les hackers trouble-fête sont liés à une dangereuse organisation cyberterroriste nommée... la Quadrature du Net. Si si si. Les mêmes qui, trois heures plus tôt, parlaient d’ouverture et de liberté à qui voulait bien écouter d’autres voix que celle des industriels. C’est Publicis, vénérable organisateur de l’événement, qui a confié ses soupçons à un confrère de Numerama, Sherlock Holmes improvisé. Les employés de l’accueil affirme de leur côté que les difficultés viennent d’Orange, l’un des principaux sponsors de l’e-G8 et chargé de la maintenance technique du réseau. Mais la piste Quadrature semble évidemment plus crédible : qu’est-ce qu’on attend pour les civiliser, ces hippies ?

 

 

 

(à suivre..)


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