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vendredi 8 janvier 2010 11:04

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Pépins et pomme d’applis

par Erwan Cario

tags : Apple , économie , iPhone

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App Store ses griffes

Dix mille propositions d’applications sont triées par la firme chaque semaine.

«Etre présent sur le mobile modernise la marque»

Nicolas Sauzay, des publications d’Axel Springer France , a lancé début novembre des applis pour iPhones. Entretien.

Une idée toute simple. Pas révolutionnaire, mais pas trop compliquée à mettre en œuvre. Et qui devrait suffire pour toucher sa part du nouvel eldorado numérique  : les applications iPhone.

Début octobre, Simon Dawlat et Eric De Sa décident de se lancer. Ce sera un rappel automatique pour la prise de la pilule contraceptive. Ils ne viennent pas de nulle part, Eric De Sa a déjà développé des applications pour le téléphone d’Apple et Simon Dawlat s’occupe du site Applicationiphone.com qui suit ­l’actualité des sorties sur l’App Store, la boutique de l’iPhone. Et, à 25 ans, Simon a le profil du parfait petit entrepreneur du Net  : après plusieurs projets autour du jeu en réseau, il a passé un an à San Francisco, dans la mythique Silicon Valley, avant de revenir en France. Pour le design et la communication, ils demandent à deux amis de les rejoindre.

Et c’est rapide. Un mois de travail sur l’appli elle-même et quinze jours d’attente pour qu’Apple valide le résultat (lire ci-contre). Le 25 novembre, iPilule est disponible sur l’App Store. Le design est sobre mais soigné, et le petit programme fait ce qu’on lui demande. Il suffit de rentrer la date de début de plaquette et l’horaire de prise habituel pour voir apparaître tous les jours nécessaires, à la manière d’un SMS, une fenêtre « C’est l’heure  ! » Les quatre amis sont plutôt contents de leur travail. Mais, au bout de onze jours d’existence, le constat est amer  : ils ont vendu 112 exemplaires de leur programme. A 79 centimes l’unité et en déduisant les 30% retenus par Apple, il leur reste 61 euros. Un peu léger.

Mais ils décident de repasser à l’offensive. Le 7 décembre est consacré à un envoi massif de communiqués de presse aux sites, blogs et journaux féminins. Et ça prend. Plusieurs articles consacrés à la petite appli sortent, et les ventes augmentent sans pour autant exploser  : 130 par jour, environ. Ils auront même droit à une apparition dans le magazine Elle. Mais sans effet notable au niveau de la boutique. Avec tout ça, iPilule commence à se faire remarquer et, le 15 décembre, consécration ultime, elle est sélectionnée pour apparaître sur la première page de l’App Store. Avec quelque 100 000 applications disponibles, cette place est plus qu’enviable. Pourtant, même là, on reste autour de 200 ventes par jours. Bilan au 16 décembre  : 660 euros.

Aujourd’hui, avec ce parcours plutôt exceptionnel que 95% des applis ne connaîtront pas, le total des ventes d’iPilule se chiffre à 5 600. Un résultat correct, mais on est encore loin d’un modèle économique viable. Et même si elles vont continuer – mollement, maintenant qu’iPilule est sortie de la première page – grâce au moteur de recherche, les ventes ne dépasseront plus les quelques dizaines par jour. « C’est vrai qu’on peut prendre ça comme un demi-échec, admet Dawlat. Mais, si nous avions reproduit ces chiffres dans d’autres pays, comme l’Allemagne ou les Etats-Unis, nous aurions vraiment gagné de l’argent. Malheureusement, malgré nos efforts, nous n’y arrivons pas. » Rien de dramatique pour la petite équipe  : ils sont partis sur un principe de partage de bénéfices et ne sont pas passés par un prestataire externe qui leur aurait coûté plus que ce qu’ils n’ont gagné.

Apple communique beaucoup sur les chiffres, quand ceux-ci impressionnent. Exemple  : les trois milliards de téléchargements sur l’App Store depuis sa création, en juillet 2008. De quoi aiguiser les appétits. « C’est vrai que c’est un secteur qui génère des success-story, et donc une perception biaisée, analyse Dawlat. Il faut vraiment mesurer son investissement si on veut espérer s’en sortir. Mais, dans l’absolu, il suffit d’avoir du temps et d’acheter une licence à 100 dollars pour se lancer. » Pour l’instant, avec des concurrents encore embryonnaires chez Google, Palm ou Nokia, l’App Store est la seule boutique qui puisse permettre de faire des bénéfices. Mais pour y arriver, il faut être visible. De plus en plus compliqué. Simon Dawlat sourit  : « C’est assez unique. Des applications médicales ultra-pointues sont à deux clics d’un générateur de pets. Un peu comme si on trouvait des perceuses dans un magasin de jeux vidéo. »

Il vaut mieux être un as du marketing pour s’en sortir. Pour une application, c’est même sans doute plus important que la qualité. Ce qui ne va pas décourager Simon Dawlat et sa bande, qui comptent bien profiter de l’expérience iPilule pour lancer d’autres projets dans le même créneau. Quand on lui ­demande pourquoi, il nous répond marché porteur et habitude de consommation, « lifestyle » des ­utilisatrices de smartphones. On ne se fait pas trop de soucis pour lui.

Paru dans Libération du 7 décembre 2010

Sur le même sujet :

L’AppStore, eldorado du logiciel amateur (12/04/09)


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