mardi 3 mars 2009 11:20
Perquisition après la diffusion d’un docu sur Canal +
Suite à des propos racistes tenus par un béké lors d’un reportage sur la Martinique, un juge d’instruction ordonne la fouille des locaux d’une société de production.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : documentaire , justice
DR
Un sacré coco. Alain Huygues-Despointes, 80 balais passés à cramer sous le soleil de Martinique. Un de ces békés descendants des colons accusés de monopoliser les richesses de la Martinique. Face à une caméra de la société de production Tac Presse pour un reportage intitulé les Derniers Maîtres de la Martinique diffusé le 30 janvier sur Canal +, Alain Huygues-Despointes y va franco. Regrettant que les historiens ne s’intéressent pas « aux bons côtés de l’esclavage ». Pestant contre les familles métissées : « Les enfants sortent de couleurs différentes, il n’y a pas d’harmonie. » Lâchant enfin le morceau : « Nous avons voulu préserver la race. » Ces propos ont déclenché un énorme barouf en Martinique. Le préfet Ange Mancini a même dû quitter son logement, dont le propriétaire n’était autre que Alain Huygues-Despointes. Lequel se retrouve visé par une information judiciaire pour « apologie de crime contre l’humanité et incitation à la haine raciale » ouverte le 10 février par le parquet de Fort-de-France. Huygues-Despointes avait, auparavant, présenté des excuses et évoqué des propos sortis de leur contexte. Et c’est dans le cadre de cette enquête qu’un juge d’instruction a fait le déplacement depuis Fort-de-France pour une perquisition hier chez Tac Presse à Boulogne-Billancourt. Déjà, la semaine dernière, le directeur de la rédaction et l’auteur du sujet étaient convoqués à la PJ de Nanterre. Objectif : la remise des rushs du reportage. Réponse : le montage est numérique et sitôt le sujet diffusé, les rushs sont effacés. Résultat : 2 heures de perquisition et un juge reparti bredouille. « Cette perquisition est parfaitement disproportionnée, indique Frédéric Texeraud, patron de Tac Presse, est-ce que le but recherché n’est pas en fait qu’on pratique l’autocensure à chaque sujet sensible ? » Depuis quelques années, la justice multiplie les descentes dans le monde des médias : interpellation (de Vittorio de Filippis, ancien PDG de Libération en décembre dernier), perquisitions (au Canard enchaîné, au Point) ou mise en examen (Denis Robert). Paru dans Libération du 03 mars 2009
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