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mardi 26 juin 2007 11:36

  • cinéma

Persepolis, être persane

Adaptation élégante de la BD « Persepolis » par sa créatrice, Marjane Satrapi, et le dessinateur Vincent Paronnaud.

par Eric Loret

tags : bande dessinée , animation , histoire , Iran

« Ne sais-tu pas que ton heure n’est pas encore venue ? » - DR

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Persepolis : « On voulait faire un vrai film, pas un film de genre "dessin animé" »

Interview de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud.

Persepolis ne pose jamais ses bagages, il fait sa crèche et la démonte, avec une idée par minute pour réinventer le monde. Il vous chope les maisons, les arbres, les chiens et les personnages, les passe au shaker, les mixe avec des volutes et du Iron Maiden, les installe et les déstabilise. Assez souvent aussi, Persepolis ne fait rien. Rien d’autre que laisser goutter une douche, cligner un personnage ou neiger le ciel.
C’est un film avec de vraies gens, avec toutes les possibilités d’un cinéma moderne, de la même façon que la bande dessinée Persepolis était un roman plutôt qu’une conserve de clichés franco-belges. Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Persepolis a d’abord été une tétralogie de « romans graphiques » parue chez l’Association et, accessoirement, prépubliée par Libération.

C’est l’autobiographie tragicomique de Marji, jeune Iranienne, sur l’enfance de laquelle tombe le régime des barbus avec ses brimades ­ pour elle ­ et ses horreurs ­ pour les autres (tortures, exécution d’un oncle, mort d’un ami fuyant la police des moeurs, etc.). On sait que l’Iran a officiellement protesté à Cannes, via une fondation liée au ministère de la Culture, pour dénoncer une image mensongère de la Révolution islamique (lire article). Le film, que la rumeur donna palmé dans la dernière ligne droite du Festival, a gagné le prix du Jury.
Venant d’une famille rouge et aristocratique à la fois, dont les femmes sont émancipées de grand-mère en fille, Marji découvre les joies du voile (que portent même les modèles aux Beaux-Arts) et l’interdiction de la culture occidentale, puis subit huit ans de guerre avec l’Irak avant de quitter son pays et sa famille pour l’Autriche. Là, elle connaît l’amour, le dépit, la jalousie, la psychiatrie et, pour finir, la chanson Eye of the Tiger . Signalons au passage la performance de Chiara Mastroianni, qui double Marjane et interprète ce tube de la B.O. de Rocky III comme une casserole. Heureusement, la B.O. sur disque propose aussi une très belle version mélancolique de cette même chanson qui, d’affront au bon goût qu’elle était, devient, toujours par Chiara, un hymne ado ad hoc. Danielle Darrieux et Catherine Deneuve sont tout aussi formidables et forment une famille pleine de souvenirs cinéphiliques. D’avoir choisi ces trois-là pour donner voix à des Iraniennes est une des grandes trouvailles du film.

Ils sont donc deux, Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, au départ du projet. Bizarrement, Paronnaud est mieux connu sous le nom de Winshluss et suivi dans ces pages depuis ses débuts de bédéaste en 2001 (on lira avec avantage son Monsieur Ferraille, aux Requins Marteaux, coécrit avec Cizo, ou son Smart Monkey chez Cornélius). Tout ou presque a déjà été dit sur la fabrication de cette adaptation qui, une fois n’est pas du luxe, rend parfaitement le livre sans être platement fidèle. Et si l’on veut savoir comment Satrapi et Winshluss ont reconstitué une équipe de traçage à la main, à l’ancienne (exit les ordinateurs et l’animation inhumaine, formatée et qui se périme à toute vitesse), on se reportera à la page MySpace de Persepolis, pleine de vidéos et de docs. Ce qu’on sait moins, c’est que le film est bourré de surprises qu’on ne verra pas, comme une chenille souriante (mais un peu conne) dans un coin d’arbre ou Eva Braun en Autriche, sans parler de la vraie voix de Marjane (on vous aide, elle double une palanquée de figurants des deux sexes), ni de celle de Winshluss qui fait « mmm mmm » avec des lunettes.

« Quand on écrivait le scénario au café, on se laissait aller, mais on pensait qu’on ne pourrait réaliser qu’un tiers de ce qu’on imaginait, explique Marjane Satrapi. En fait, on a réussi à tout faire. » Et Paronnaud : « On était en liberté sur un sujet qui parle de la liberté. On ne s’est jamais rien interdit par rapport au public, on a fait ce qu’on voulait, contre vents et marées. » Et le plus fort, c’est d’avoir obtenu une telle homogénéité, une fluidité parfaite en jonglant avec des styles et des niveaux de représentation différents, plus ou moins fouillés, plus ou moins ironiques. Parmi les très belles séquences, celle où le fauteuil club de Marji ­ traitée à coups d’antidépresseurs viennois ­ se transforme insensiblement en pierre tombale, est inoubliable.

Les deux réalisateurs n’ont pas été seuls, évidemment, dans l’aventure et, comme les chefs d’orchestre, ils tiennent à faire applaudir toute la fosse, des producteurs aux traceurs, en passant par les animateurs et leurs assistants. « Tout le monde s’est surinvesti dans le projet et a travaillé plus qu’il n’aurait dû, explique Marjane Satrapi. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a fini dans les temps. »
Vincent Paronnaud et elle ont maigre mine : depuis Cannes, c’est un marathon d’interviews et d’avant-premières. Pour ne pas améliorer leur état, on les force à s’asseoir devant le film et à nous en faire le commentaire composé plan par plan. Ce ne sera après tout guère pire que lorsque Marjane Satrapi le visionnait image par image pour y traquer les coquilles, « jusqu’à l’obsession ». Jusqu’à comprendre qu’il était beau aussi grâce à ses imperfections.



| Bande-annonce de « Persepolis »

A lire également sur Ecrans :
- Le dessin à dessein (26/06/2007)
- « Persepolis » anime Téhéran (24/05/2007)
- « Persepolis » : avant le film, une expo de dessins originaux (11/05/2007)


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  • Persepolis, être persane

    26 juin 2007 17:11, par etienne
    Il faut espérer que le film remporte un franc succès et donne l’envie de Monsieur Parronnaud d’adapter l’oeuvre maîtresse sus-mentionnée " Monsieur Ferraille ". Cette pièce d’exception mérite de devenir le nouveau "Métal hurlant" et de relayer les espoirs de la jeunesse en incarnant la vaillance des authentiques héros, ceux qui feront que demain sera la veille d’un surlendemain.
  • Persepolis, être persane

    26 juin 2007 15:45, par morgan
    hum pas plus tard que la semaine derniere marjane satrapi expliquait quel point le terme « romans graphiques » l’énervait :)

 

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