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mardi 24 août 2010 08:13

  • télévision

Pflimlin, le coup de Chabot

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : journalisme , France Télévisions

Arlette Chabot en janvier dernier, avec Patrick de Carolis - Reuters

« Salut bande de nazes. » Seront-ce là ses derniers mots, parmi les favoris de la directrice de l’information de France Télévisions, régulièrement servis à ses journalistes ? C’est aujourd’hui [lundi, ndlr] à 10 heures que Rémy Pflimlin s’installe dans le bureau de Patrick de Carolis à la présidence de France Télévisions. Tout l’été, le nouveau patron s’est tenu prudemment coi, mais son arrivée ce matin est pétaradante : il a informé vendredi Arlette Chabot qu’elle allait être virée de son poste de directrice de l’information de France Télévisions. A peine plus d’un mois après sa nomination par Nicolas Sarkozy, Rémy Pflimlin déboulonne Arlette Chabot : ça va vite.

La passation de pouvoir entre Carolis et Pflimlin se tiendra ce matin au foyer de France Télévisions. Un petit discours chacun, et hop, out Carolis qui repart avec, sous le bras, son fidèle Patrice Duhamel dont le poste de super numéro 2 est supprimé. Aussitôt, l’impétrant va annoncer ses premières nominations dont celle, déjà connue, de Bruno Patino, jusqu’alors directeur de France Culture, qui deviendra le « Monsieur numérique » que Pflimlin appelait de ses vœux en juillet lors de ses auditions devant le CSA et le Parlement. Un poste sur mesure pour l’ancien DG du Monde interactif, qui a tenté aussi de convertir Radio France au numérique, une tâche devenue plus difficile depuis juin 2009 et l’arrivée de Jean-Luc Hees, plutôt incrédule vis-à-vis du Web. S’il va s’occuper des tuyaux, Patino pourrait garder une main dans le contenu puisqu’il devrait aussi se voir attribuer France 5.

Outre Patino, Pflimlin a déjà fait son marché à Radio France, du moins dans l’équipe qu’avait formée l’ancien président Jean-Paul Cluzel : il recrute Patrice Papet, déjà passé par France Télévisions où il va retrouver son poste de DRH, ainsi que Martin Ajdari, qui veillera aux gros sous de la télé publique. Mais le gros morceau, le plus symbolique, c’est la direction de l’info, qui explose plus tôt que prévu.

En juillet, devant les sénateurs, Pflimlin avait pourtant promis qu’il entendait procéder « de façon très progressive et pas sous une espèce de big bang ». Et là, boum. En juillet, depuis son bureau de Presstalis (ex-NMPP) qui a vu défiler tout l’été des stars de la télé incongrues en ces lieux (dont le directeur des Sports, Daniel Bilalian), Rémy Pflimlin a rencontré Arlette Chabot. Il lui propose d’abord de conserver son poste de directrice de l’information le temps qu’il s’installe à France Télévisions mais la prévient : il y a une nouvelle règle. Il faut désormais choisir : soit la direction de l’info, soit l’antenne. Chabot tranche : elle préfère conserver son émission politique mensuelle A vous de juger. Vendredi, Pflimlin rappelle Chabot : les choses s’accélèrent, il n’y aura pas d’intérim et Chabot perd illico son poste. C’est que, le matin-même, Thierry Thuillier a annoncé à i-Télé qu’il démissionnait. Ce sera lui, qui dirigeait la chaîne info de Canal + depuis 2008 après avoir fait une bonne partie de sa carrière à France 2, qui succédera à Arlette Chabot. Et voilà, éclatante, la première des compromissions de Rémy Pflimlin, premier président de France Télévisions nommé directement par Sarkozy.

Car Chabot, pourtant pas une gauchiste, Sarkozy ne pouvait pas l’encadrer. On se souvient qu’en septembre 2009, en marge d’une interview, il l’avait alpaguée, lui reprochant vertement le manque d’émissions politiques façon l’Heure de vérité sur France Télévisions, ainsi que la sous-représentation de l’UMP. Ben voyons. Première compromission donc, mais compromission à la Pflimlin, finaude : d’accord, il donne des gages à Sarkozy en virant Chabot mais il la remplace par Thierry Thuillier, qui ne présente apparemment pas d’accointances avec l’Elysée, même si on le dit apprécié du Château. Et puis il laisse Chabot à l’antenne. Pour l’instant en tout cas : Pflimlin ne lui a en effet donné aucune garantie que son émission se poursuive. Un cadre de France Télévisions résume : « Si Pflimlin voulait avoir la paix du côté de Sarko, il fallait qu’il règle la question de l’info, mais là où il est plutôt malin, c’est qu’il prend Thuillier qui n’est pas un sarkozyste primaire. » Du côté de la rédaction de France 2, où on a bien connu Thuillier puisqu’il a été notamment rédacteur en chef du 20 heures, on se souvient de lui comme d’un « bon professionnel, bon journaliste », mais on craint aussi son « côté très autoritaire, si tu n’es pas avec lui, tu es contre lui ».

Bouillante, ne mâchant pas ses mots et pas diplomate pour un sou, Arlette Chabot laissera un souvenir plus que mitigé à l’information de France Télévisions. Pourtant, aux sein des rédactions, la plupart s’accordent à trouver son éviction « violente, même si elle-même était violente aussi ». Son envie de fusionner les rédactions de la Deux et de la Trois avait été notamment très mal vécue. Mais Chabot laisse aussi un 20 heures de France 2 en bon état, avec des audiences qui n’ont jamais été aussi proches du JT de la rivale TF1.

En 2004, Chabot avait succédé à Olivier Mazerolle, démissionné à la suite de l’affaire Juppé-Pujadas, le second annonçant à l’antenne le retrait du premier, démenti au même moment sur TF1. A l’époque, à Mazerolle aussi on avait dit qu’il garderait son Cent Minutes pour convaincre. Il l’avait conservé quelques mois, jusqu’à ce qu’une certaine Arlette Chabot obtienne sa tête.

Paru dans Libération du 23/08/2010


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