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mercredi 19 décembre 2012 16:04

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Photo : l’Elysée veut laisser le champ libre aux agences de presse

par Sophian Fanen

tags : photo , licence libre , creative commons , droit d’auteur

Une photo publiée sur le site de l’Elysée, utilisable uniquement après validation par le service photo de la Présidence. Photo Présidence de la République.

A qui appartiennent les photos prises par les photographes officiels de la Présidence de la République ? La question est reposée depuis la mise en ligne, en début de semaine, du nouveau site de l’Elysée, totalement refondu et riche en nouvelles rubriques chatoyantes. Le tout en responsive web design, c’est-à-dire que le site s’adapte, à partir d’une unique source, à la taille et au format de l’écran sur lequel il s’affiche — navigateur, smartphone, tablette...

Lors du point presse de lancement du site, la conseillère en communication de François Hollande, Claudine Ripert-Landler, a en effet expliqué que toutes les photographies de la Présidence restent soumises au droit d’auteur (« © Présidence de la République » en l’occurrence) et que leur utilisation par un média, un blog ou toute publication, si elle est gratuite, est soumise à une validation préalable. Tollé sur les Internets, qui estiment que ces clichés sont payés par les finances publiques et doivent donc être placées d’office dans le domaine public ou sous une licence du type Creative Commons qui permettrait leur utilisation libre dans le respect de leur auteur.

Ce sont les agences photo comme l’AFP, Reuters et Sipa qui auraient fait pression pour que les photos de l’Elysée ne soient pas librement exploitables, estimant qu’elles constitueraient une concurrence déloyale contre leur propre production lors des événements officiels. Mais tout est un peu plus compliqué que cela.

 

 

Contactée par Ecrans.fr, l’AFP dément toute demande auprès de la Présidence et rappelle que cette dernière fait ce qu’elle veut. Mais l’agence explique aussi que ses photographes se retrouvent régulièrement sur les mêmes événements à côté des photographes officiels de l’Elysée — qui sont chargés de documenter la vie du Président aussi bien pour les archives nationales que pour une publication sur Elysee.fr.

Les images sont donc souvent très semblables, mais l’AFP vend les siennes aux abonnés de son fil d’info. Or, la fragilité financière des médias n’étant plus à prouver, ceux-ci pourraient facilement faire le choix de ne plus utiliser les clichés des agences de presse pour diffuser le flux de l’Elysée. Un choix déontologiquement problématique, puisque ces images sont contrôlées et chargées de communiquer un message officiel.

Le problème se pose finalement surtout pour certains types de clichés : poignée de main, accueil sur le perron de l’Elysée, photo de groupe posée, galette des rois avec des enfants, etc. Tous ces moments protocolaires pour lesquels les photographes, officiels et accrédités, aboutissent à un travail similaire. Les médias s’organisent à cette occasion en pool, constitué la plupart du temps d’un photographe d’agence et d’un photographe de quotidien — parfois également d’un représentant des magazines. « Mais ces photos-là ne sont un problème que pour les agences généralistes, explique Denis Allard, de l’agence Réa, qui participe régulièrement au pool. Les quotidiens et les magazines recherchent autre chose que ces clichés officiels, on y va pour montrer ce qui se passe autour des poignées de mains. On n’a pas à avoir peur de ces quelques images mises en ligne. Par exemple, toutes les photos du candidat Hollande publiées sur son site de campagne étaient libres de droit, mais on ne les a pas vues partout. J’essaie de ne pas avoir peur des nouvelles façons de faire circuler les images, même on se demande comment ça va se passer dans l’avenir. »

 

Barack Obama le 3 novembre dans l’Ohio. Une photo libre de droit, sous licence US Government Work.

 

Comme on l’a encore détaillé ici en début de semaine en revenant sur les dix ans des Creative Commons, les idées des licences libres se diffusent en effet de plus en plus largement au sein des institutions. Le récent sommet de l’Union internationale des télécommunications diffusait ainsi ses clichés sur Flickr en CC BY, et la Maison Blanche raconte chaque sortie de Barack Obama sur son site ou sur Flickr sous une licence maison « US Government Work » qui est en fait une absence de copyright qui permet la diffusion aussi bien que le remix des images.

La Présidence française a finalement préféré, comme il nous a été répondu, s’assurer que tout le monde puisse travailler, et donc ne pas faire concurrence d’une quelconque façon aux agences qui ont leurs entrées au palais de l’Elysée. Et de rappeler que les photographes américains, sous le régime du copyright, sont payés à la mission quand leurs homologues français sont rémunérés également par l’exploitation commerciale de leurs images. Il s’agirait enfin de garder un certain contrôle sur l’usage qui est fait des photos de la Présidence... Comme l’ouverture des données publiques (open data) qui patine sérieusement, l’ouverture des images publiques et leur mise à disposition pour tous n’est donc pas encore pour aujourd’hui en France.


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