Piratage : Stallone et les bonnes sœurs sortent les flingues
tags : téléchargement , piratage , justice , torrents
Montage Ecrans
Alors qu’en France, l’Hadopi marche tellement bien, tellement fort, et tellement dans le temps que Frédéric Mitterrand a pris les paris qu’aucun pirate ne devrait voir les murs dorés d’un Tribunal de sitôt, les choses se présentent beaucoup moins bien outre-Atlantique pour les amateurs de divx illégalement téléchargés. Plus particulièrement pour ceux qui aiment l’action et l’artillerie lourde, qu’elle soit maniée par Sylvester Stallone ou des bonnes sœurs revanchardes. En ce qui concerne l’action hero des 80’s, sa dernière réalisation, The Expendables, avait bien marché en salles, et encore plus sur les réseaux peer-to-peer. Flairant la bonne affaire — pardon, la défense légitime du respect des ayants droit floués —, le désormais bien connu US Copyright Group s’est mis en tête de fliquer tous les internautes américains ayant partagé le film via P2P. Pour mémoire, c’est ce même cabinet d’avocat qui avait fait parler de lui avec sa méthode à la limite de l’extorsion mise en œuvre dans l’affaire Démineurs, le film oscarisé de Kathryn Bigelow. Ladite méthode consiste en effet à envoyer des courriers menaçants aux internautes pris en flagrant délit de partage du film les invitant à régler une somme relativement importante (2000 dollars dans ce cas) sous peine d’être traîné en justice et de risquer une amende pouvant grimper jusqu’à 150 000 dollars. Du chantage en bonne et due forme, mais légal puisque l’identification des internautes après collecte des adresses IP a été autorisée par un tribunal.
Là où la procédure concernant The Expendables se fait remarquer, c’est qu’elle constitue, d’après Torrentfreak, le record d’internautes jamais visés dans une affaire de piratage via BitTorrent : 23 322 internautes américains ont ou devraient recevoir sous peu un tel courrier du US Copyright Group. Sauf pépin judiciaire imprévu, l’opération pourrait se révéler très lucrative : Torrentfreak a estimé que si les trois quart des internautes concernés décident de payer les 2000 dollars plutôt que d’affronter un procès, plus de 35 millions de dollars seraient ainsi récoltés. Soit plus d’un tiers des recettes du film au box office américain, qui s’élevaient tout de même à 103 millions ! Moins bavard sur son Twitter depuis qu’il n’est plus en période de promo’, Stallone n’a pas pris la peine de réagir... Dans un registre similaire mais plus cocasse, on vous avait promis plus tôt de la religieuse armée. Chose promise, chose due avec l’improbable affaire entourant les attaques contre les internautes accusés d’avoir piraté le film Nude Nuns with Big Guns. Nous vous parlions déjà en octobre dernier de cet improbable film d’exploitation (ici du revenge flick mâtiné de nunsploitation) au titre traduisible par « Bonnes sœurs à poil avec des gros flingues ». Le film est au cœur d’une embrouille faramineuse : en plus des procédures visant les curieux l’ayant téléchargé, deux sociétés différentes sont en bisbille, chacune déclarant être propriétaire des droits du film, à tel point que toutes les deux se sont lancés dans une attaque séparée visant les mêmes contrevenants ! D’après Wired, qui suit l’affaire depuis la fin mars, une sombre histoire de prêt d’argent entre les deux sociétés est à l’origine de leur brouille. Bien que Nude Nuns with Big Guns tienne plus de la potache gore à la Grindhouse que du film porno, le film dégage malgré tout son petit parfum de scandale (pas de quoi fouetter une nonne, certes) grâce à son titre évocateur. Et pour les attaquants, c’est une aubaine : « la plupart des gens ne veulent pas avoir à subir un procès public pour avoir téléchargé Teen Anal Nightmare 2, par exemple, alors ils acceptent les accords qui leur sont proposés », analyse ainsi un des avocats des internautes contacté par Wired. A l’heure où les films de monstres, de kung-fu et de tueurs psychotiques sont présentés au Marché du film de Cannes (où la suite de Expendables va d’ailleurs être prévendue !), la réalité peu glamour d’un secteur en crise se dévoile. Une bien triste voie en effet que celle empruntée par les descendants de Roger Corman, le pape de la série B (voire Z) américaine, et de leurs homologues de l’industrie du X : exclus des systèmes de distribution classiques et relégués au direct-to-DVD ou à la VOD, touchés de plein fouet par le piratage massif de leurs improbables métrages, les voilà prêt à explorer la voie des procès de masses, et avant ça de l’intimidation lucrative, pour tenter de générer des profits. En ce qui concerne Nude Nuns, l’affaire est toutefois loin d’être pliée : au delà de la bataille entre les deux boîtes de production, le juge chargé de l’affaire ne semblait pas convaincu, fin avril, du bien fondé d’un tel procès de masse initié dans de telles conditions. Les internautes amateurs de religieuse vengeresse n’ayant pas encore été identifiés par leurs fournisseurs d’accès — c’est justement l’opération qui nécessite l’accord de la justice —, les voilà en mesure de profiter d’un certain répit. On doute qu’il dure longtemps.
DR
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