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vendredi 28 mai 2010 17:18

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Piratage : des internautes américains pris à la gorge

par Alexandre Hervaud

tags : téléchargement , piratage

Far Cry - DR

La semaine dernière, Libé faisait écho d’une nouvelle tendance américaine dans la lutte contre le piratage : celle de ne pas directement combattre les téléchargements illégaux, justement (sans pour autant les tolérer bien sûr, loin de là) mais d’en profiter financièrement. Pour ce faire, un cabinet d’avocats basé à Washington, le US Copyright Group, proposait aux producteurs de films d’envoyer aux internautes pirates (repérés sur les réseaux P2P par une boîte privée) des injonctions pour payer des frais « élevés mais accessibles » sous peine d’être poursuivis en justice. Un chantage en bonne et due forme pour faire cracher au bassinet les présumés pirates qui ne concernait dans un premier temps qu’une poignée de films peu connus, avant que l’oscarisé Démineurs ne rentre dans la partie. Parmi les premiers longs métrages concernés, on trouvait Far Cry, l’atroce adaptation du désormais plutôt fréquentable (du moins, cinématographiquement) Uwe Boll. Pour mémoire, Far Cry, ça donnait ça :

 

Aujourd’hui, Ars Technica publie le témoignage d’un des fameux internautes lambda concernés par les manoeuvres citées plus tôt. Un cabinet d’avocat reproche en effet à la pauvre Sabine (le nom d’emprunt choisi par Ars) d’avoir téléchargé illégalement Far Cry le 22 mars dernier. Dans la lettre reçue par Sabine, les avocats propose une offre « extrêmement raisonnable » (d’après eux) : 1500 dollars (1220 euros) pour un paiement immédiat (cartes de crédit acceptées), 2500 dollars (2030 euros) si elle attend jusqu’à la fin juin, et en cas de non règlement : paf, le gros procès avec à la clé le montant maximal d’amende possible, soit 150 000 dollars (122 000 euros) par atteinte aux droits d’auteur ! Sans compter les honoraires d’avocats, bien sûr.

Le site Ars Technica s’est un peu étouffé en découvrant pareille demande (même l’industrie du disque, pourtant rapace comme pas deux à une époque lors des procès de masse, n’a jamais été jusqu’à demander 150 000 dollars par oeuvre piratée), qui plus est à la lumière du témoignage de l’infortunée Sabine, qui clame son innocence : « Je n’ai jamais entendu parler de Far Cry, ni de Bittorent. Je ne l’ai jamais utilisé ». Rien ne nous dit qu’elle affirme la vérité, mais le simple fait de télécharger Far Cry un lundi soir en 2010 crédibilise d’emblée l’intéressée, qui explique par ailleurs qu’elle a rencontré des soucis en mars avec son WiFi fourni par Verizon, le gentil FAI qui a fourni sur injonction (subpoena) l’identité de sa cliente aux avocats. Certains de ses concurrents comme Time Warner Cable ont déjà fait part de leurs réticences (par manque de temps et de moyens, principalement) à l’idée de fournir de telles données aux défenseurs des producteurs.

Cette stratégie de monétisation du piratage par pressions sur l’internaute, qui ne pourrait a priori pas être transposée dans le pays de l’Hadopi, laisse malgré tout sceptique Ars Technica qui voit dans la menace de grands procès un bluff, compte tenu des frais et du temps nécessaires pour mener à bien de telles opérations. Bluff ou pas, le mot d’ordre de l’US Copyright Group (« Sauver le cinéma », rien que ça) peut prêter à sourire alors qu’en mars dernier, la MPAA annonçait que 2009 avait été une année record pour le box office mondial, avec 29,9 milliard de dollars de recettes (2,42 milliard d’euros), soit une hausse de 7,6% par rapport à 2008, et de plus de 30% par rapport à 2005 ! Et la France, vilain petit canard ou suiveur du mouvement ? Réponse B : le cap des 200 millions d’entrées en salles a été dépassé (200,93 pour être précis), la meilleure performance depuis 1982 (201,93 millions). Quant aux recettes, 3D relief oblige, elles ont grimpé de 8%. Pas mal, pour une industrie menacée de mort par le piratage ? Hélas pour l’ami Uwe Boll, aucun de ses films n’y est pour quelque chose : tous sortent directement en DVD depuis des années désormais.


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