lundi 3 décembre 2007 17:54
Pirates à l’abordage des E-magiciens
par Marie Lechner
tags : festival , art numérique , e-magiciens
D.R. "Tête de chou", extrait de l’animation.
Les E-magiciens ne sont pas seulement un panorama européen de la jeune création numérique, mais également un moment de création en direct. Durant trois jours au Phénix à Valenciennes, du 27 au 30 novembre, 36 étudiants répartis en équipes de trois ont cravaché dur pour réaliser une animation chaînée. « Dé-chaînée » serait cette année plus approprié, l’artiste invitée Cécile Babiole, ayant pris le contrepied de cet exercice imposé. Traditionnellement, les étudiants réalisent des animations à partir d’une même image de départ mises ensuite bout à bout. Depuis quelques éditions déjà, la règle s’est assouplie, l’image est remplacée par une boucle sonore conçue par Cécile Le Prado, par un mot tiré au sort, extrait d’une phrase proposée par Christian Janicot, par un personnage de Kuntzel + Deygas ou encore l’an passé un scénario de Michel Ocelot. Cécile Babiole, pionnière de l’animation de synthèse, s’ingénie à déconstuire les règles établies en ce domaine. Autodidacte, elle s’initie à la 3D chez Mikros, boîte de postproduction, et modèle sur les machines désertées pendant l’été 1990, les Xons, squelettes jouisseurs et lubriques, héros d’un projet de série d’animation, jugée irrecevable par les producteurs de l’époque. L’artiste a choisi à dessein le thème des « Pirates », ceux du XVIIIe siècle qui araissonnaient les navires des riches marchants ou leurs homologues contemporains, les pirates informatiques.
Cécile Babiole incite les étudiants à « fabriquer des bombes graphiques artisanales », à bousculer les règles établies, à dépasser les « choses jolies, consensuelles, pour une esthétique du détournement iconoclaste, du sabotage, de la destruction créative ».
Chaque équipe (dont trois équipes singapouriennes et une coréenne) doit réaliser dix secondes d’animation sur une bande son énervée signée dDamage, un morceau hardcore breakbeat dont le titre est à lui seul un manifeste Playing shit with attitude. « Pas d’habillage élégant et feutré ni de transitions guirlandes de Noël, mais un montage cut, à la machette », préconise l’artiste. Au final, un téléscopage de styles sur un rythme effréné, toutes techniques confondues, animation 3D, dessin traditionnel, collage, vidéo, pixel-style, du plus trash au très mignon. On apprécie la belle introduction marque de peinture noire qui macule les couloirs et les murs pour former le graffiti Pirates ou encore la Tête de chou, dont le cerveau est parasité par un crâne pixélisé. Dommage que les étudiants n’aient pas vraiment réussi à se départir des poncifs adaptant souvent très littéralement le thème (sabre, bateau, abordage, trésor...) plutôt que d’explorer la métaphore.
D.R Les voleurs de couleurs, extrait de l’animation.
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