lundi 25 janvier 2010 10:37
Plaisir d’offrir, joie de Sarkozy
C’est l’anniversaire du Président cette semaine. Sur la grille des programmes, revue des cadeaux bien emballés.
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tag : politique
photo Reuters
« Non mais Carla, les Français, y m’ont pas élu pour que tu me mettes un bandeau sur les yeux, y sont comme moi, les Français, y veulent pas que le Président, y se casse la jam… » SURPRIIIIIIIISE ! Regardez, ils sont tous là : Brice Hortefeux, Bernard Kouchner, les Balkany, Michel Sardou, le barde officiel Didier Barbelivien, et Johnny. Comment ça, on mythonne ? Ça s’est passé exactement comme ça, l’an dernier, la preuve le Figaro a même fait un article. Cette année, léger changement, Johnny sera en hologramme depuis Los Angeles, et on accueillera un nouveau venu : Gilbert Monta… Hé ho, Gilbert, on est là, ici, oui, de ce côté. Bon anniv, Président ! Eh oui : il y a 55 ans, très précisément le 28 janvier, un vagissement dans le XVIIe arrondissement annonçait l’aube d’une ère nouvelle. Cinquante-cinq ans après, la télévision, qui lui doit tant, devait apporter son écot à l’événement et jeudi prochain, c’est un tombereau de cadeaux cathodiques qui va s’amonceler aux pieds présidentiels. Jeudi, en 55 après N, on fête la nativité sur Paris Première qui programme une soirée « au ton décalé » précise-t-on (s’agirait pas que le Président le prenne mal et organise des essais nucléaires dans les locaux de la chaîne). Des clips de Carla Bruni, une émission de mode consacrée au style de la première dame, une étape du Tour de France de 1986 en hommage à notre cyclophile de président, un docu sur le Fouquet’s, un autre sur la Rolex et, pour ne pas se quitter fâchés, un Top à Enrico Macias de 1973. Ça fait plaisir et c’est pas cher. « C’est du deuxième degré, explique Jacques Expert, directeur des programmes de Paris Première, mais il n’y a pas d’agressivité ni de critique politique, on a pris des programmes qui plaisent à Nicolas Sarkozy. » Problème : la chaîne s’est emmêlé les pinceaux, annonçant d’abord la soirée à 22 h 30, puis à 0 h 20, avant de la repousser à 0 h 50, faisant planer une odeur de soufre sur cette belle programmation. « C’est vraiment une erreur, jure Jacques Expert. De toute façon, cette soirée c’est plus de la com que du programme, on cherche à avoir de la presse là-dessus et on en a ! » Gagné. Mais en même temps, vu les programmes, il risque bien de n’y avoir qu’un présidentiel téléspectateur devant l’antenne de Paris Première. C’est qu’elle croyait faire son intéressante, Paris Première, et être seule sur le coup, mais l’œil sagace aura vite décodé son Télé 7 Jours : en fait, chaque grille du 28 janvier y va de son présent, personne n’a oublié son président chéri. Ainsi TF1. Invité de la surpatte surprise organisée par Carla - parrain est toujours là -, Martin Bouygues, propriétaire de la Une, n’est pas venu les mains vides : trois épisodes d’Alice Nevers, rien que ça et inédits s’il vous plaît. Bande de gauchos paranoïaques, vous exclamez-vous, qu’est-ce que ça a à voir avec la choucroute élyséenne, Alice Nevers ? Et Marine Delterme dans le rôle-titre, cette même Marine Delterme qui est la supercopine de Carla, c’est du mou de veau ? Et puis, il faut bien que Martin Bouygues remercie pour tous les cadeaux qu’il a lui-même reçus : la suppression de la pub sur France Télévisions, la deuxième coupure et l’augmentation de la réclame sur les chaînes privées. Vincent Bolloré, poteau et prêteur de yacht, connaissant la mélomanie de son ami élyséen, a choisi de fêter l’événement en diffusant sur Direct 8 à 20 h 40 Cléopâtre, carrément, et en plus la version de Kamel Ouali, le chorégraphe de Starac. Monsieur est un esthète. Sur France 3, ce sera le Maître de guerre, où tout le monde aura repéré dans le scénario qui voit un militaire tenter d’insuffler la fibre patriotique à sa bleusaille, la magnifique métaphore sarkozyste du débat sur l’identité nationale. Mais évidemment, les chaînes de télé vont avoir du mal à rivaliser avec le superbe cadeau dont les amis du Président ont eu l’idée : un croc de boucher. Un superbe croc de boucher afin que Nicolas Sarkozy puisse y suspendre Dominique de Villepin. Car la justice, heu, le hasard faisant bien les choses, c’est également ce jeudi que sera rendu le verdict du procès Clearstream. Las, il y a les cadeaux qui ne font pas plaisir. Un classique des anniversaires auquel, c’est désolant, n’échappera pas le Président. Sur France 2, on a ainsi le mauvais goût de programmer justement ce jour-là un Envoyé spécial recyclant la propagande gauchiste contre le pôle Emploi. Pas très courtois. Et Gulli ! Alors là, on aura tout vu : même la chaîne détenue à moitié par le « frère » Lagardère s’y met avec, à 22 h 30, l’Ecole des fans. Quel manque de tact que de rappeler ainsi au Président l’ex de son ex. Et puis Téva, franchement… Ils n’ont pas de cœur sur Téva, ou quoi ? Passer ainsi le fameux film de Redford, l’Homme qui murmurait à l’oreille des poneys (1), pff. Libération s’en voudrait de ne pas participer à la liesse. On insiste, nous aussi on veut vous offrir un cadeau télévisuel… Quoi ? Que dites-vous, Président ? « Les Français, y m’ont pas élu pour que j’aie trop de cadeaux, et puis, cette année, je vais même pouvoir nommer le président de France Télévisions. » Teup, teup, teup, Président, on y tient. Voilà, on vous offre une émission d’investigation en Afghanistan où le journaliste restera bien sagement auprès de notre armée. Comment ? « Vous êtes gentils, mais ça Michel Drucker me l’a déjà offert, ce sera sur France 2 en mars, En vol avec l’armée de l’air pour laquelle Mimiche a passé Noël dans notre base à Kandahar. » Ah flûte. Attendez, on a mieux, vous êtes gâté : non seulement, on vous offre TF1, un horaire de grande écoute, 20 heures, le JT, une interview par Laurence Ferrari, à quoi nous ajoutons, vous ne pouvez pas refuser, une heure d’émission en prime, nous disons bien une heure, à répondre à des questions de Français sélectionnés par TF1. Et puisque c’est vous, allez, c’est Jean-Pierre Pernaut qui anime. C’est pas un beau cadeau, ça ? Comment ça, Martin vous l’a déjà offert ? (1) Oui, on sait que c’est à l’oreille des chevaux qu’il murmurait mais sinon, notre blague ne marchait pas. Paru dans Libération du 23/01/10Plaisir d’offrir Paris Première
Plaisir d’offrir « Alice Nevers »
Plaisir d’offrir l’Ecole des fans
Si, si, ça nous fait plaisir…
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