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mercredi 4 février 2009 11:34

  • cinéma

Planète « Morse »

Freaks. Un faux monstre et un vrai vampire dans leur bulle suédoise.

par Bruno Icher

tags : fantastique , vampire

DR

Morse de Tomas Alfredson, avec Kare Hedebrant, Lina Leandersson… 1 h 54.

À l’origine du film de Tomas Alfredson, il y a un roman devenu phénomène de librairie en Suède voici quatre ans. Let Me in (titre anglais), de John Ajvide Lindqvist, est un récit moderne de vampires qui, du moins dans sa version cinématographique, s’est débarrassé du bazar gothique habituel. Le héros est un ado solitaire maltraité par de robustes crétins de son école. Dans cette banlieue aussi gaie que l’intérieur d’un congélateur, le blondinet passe le temps en s’imaginant saigner ses bourreaux. Tandis que le film s’oriente à un rythme typiquement scandinave dans le registre du drame social, l’emménagement d’une jeune fille dans l’appartement voisin de celui du jeune homme modifie radicalement la donne. La petite a une drôle de tronche, ne se lave pas tous les jours et se nourrit de sang humain à la nuit tombée.

« Dans ce roman, j’ai été touché par cet enfant maltraité à l’école, comme j’ai pu l’être moi-même, dit Tomas Alfredson. À l’écriture du scénario, avec l’auteur, nous avons retiré certains éléments qui auraient été trop lourds pour le film  : l’enfant vampire, dans le roman, est un garçon castré et le personnage qui l’accompagne un pédophile. Ces thèmes auraient écrasé le reste de l’histoire. Depuis longtemps, l’utilisation de la pédophilie dans une fiction se résume à un effet spécial émotionnel. Or, c’est trop grave et trop compliqué pour être traité avec cette légèreté. »

Entre ces deux « freaks » se noue une relation fusionnelle, asexuée, au point de maintenir longtemps l’ambiguïté de l’existence même du vampire. « Dans le phénomène de la maltraitance, il y a à la fois une profonde tristesse liée à l’exclusion, mais surtout une terrible colère. C’est pour cela que j’aime l’idée de cette créature, juste de l’autre côté du mur, qui constitue le corps de la colère de cet enfant. »

Bien qu’il s’assume totalement comme un film de vampires, Morse n’a pas grand-chose à voir avec l’étonnante recrudescence de buveurs de sang sur les écrans de cinéma ou de télévision. « Ce doit être ce que les philosophes appellent la synchronicité. Certains pensent que le vampire est lié aux périodes de crises, financières ou intellectuelles. C’est intéressant, mais je crois surtout que le mythe correspond à notre penchant animal, un besoin que nous ne cessons de nier dans nos cultures occidentales. Il doit pourtant s’exprimer, à travers le sexe, la violence, le sang. Et le vampire remplit probablement cette fonction. » Surtout si cette animalité s’exprime, comme ici, dans la tragédie silencieuse d’un enfant en perdition.

Paru dans Libération du 4 février 2009


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