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mercredi 15 août 2007 09:04

  • cinéma

« Planète terreur », tête de série Z

par Gilles Renault

Affiche de « Planète terreur » (extrait) - DR

Trois mois après Boulevard de la mort, qui permettait à Quentin ­Tarantino de répandre du poil à gratter sur le Festival de Cannes (lire article), son alter ego métèque, Robert Rodriguez, passe la deuxième couche de leur projet commun (nom de code Grindhouse), « régressivement » cinéphile. Or, si l’effet de surprise s’est obligatoirement estompé, le plaisir de découvrir ce nouvel hommage au cinéma populaire des années 1970, demeure, lui, intact.

D’abord, on sait gré à Rodriguez de ne jamais tromper sur sa marchandise. La conviction avec laquelle il empoigne la notion de divertissement laisse en tout cas à penser que cet homme croit toujours un minimum en ce qu’il entreprend. Parfois, ça foire (on dira pudiquement d’ Il était une fois au Mexique et des Aventures de Shark Boy et Lava Girl qu’ils n’ont pas atteint leur objectif). Mais quand la sauce prend, du très tordu et ambitieux Sin ­City à la déconnante et familiale série Spy Kids, on comprend bien que le cinéaste, entré par la petite porte avec El Mariachi, bricolage tourné en 1993 avec 7 000 dollars (dit-on, car personne n’a vérifié les factures), garde un bel appétit.

Fidèle à ses habitudes artisanales, Robert Rodriguez a encore collectionné les casquettes pour Planète terreur, assurant tour à tour les fonctions de scénariste, producteur, chef opérateur, compositeur, monteur et réalisateur ; comme au bon vieux temps du cinéma d’action pouilleux, auquel Machete, la vraie fausse bande-annonce qui précède Planète terreur, adresse un clin d’œil liminaire et déjà subversif (gaffe aux opprimés…)

DR

Cet encas avalé, il ne faut que quelques instants pour atterrir dans Planète terreur et s’y sentir à l’aise. A 39 ans, Robert Rodriguez n’a pas pu goûter en direct à la saveur des films de genre fauchés des années 60 et 70 qu’il recrée pourtant avec jubilation, veillant au passage à saloper soigneusement l’image (pellicule abîmée, raccords douteux, couleurs passées, bobine perdue qui ampute LA scène chaude du film). Au cœur du propos, une énième histoire de zombies, variation autour de l’insurpassable modèle déposé par George Romero (deux ans après la naissance de Rodriguez !), agréablement ravivé ces derniers temps ( Shaun of the Dead, Land of the Dead, 28 semaines plus tard…)

Ici, rien ne manque : produit toxique contaminant des innocents, climat totalitaire, militaires en manœuvres, tortionnaires aussi abrutis que sadiques, filles ingénues, - sexy et courageuses - capables de défourailler à tout-va, population civile qui, une fois qu’elle a réuni ses plus valeureux éléments, parvient à sauver la race humaine… Parfaitement débridée, l’intrigue respecte les codes, avec une galerie de personnages allant de la gogo-danseuse unijambiste qui rêve de se recycler dans le stand up (en VO, le jeu de mots fonctionne à bloc) à un toubib psychopathe aux méthodes de travail assez particulières.

DR

Des dialogues gracieux (« Tu es aussi inutile qu’une bite de pape ») servent ce chamboule-tout qui accumule avec entrain explosions, cascades et autres poursuites motorisées, et permet à une distribution impeccable de s’épanouir : de Rose McGowan (trait d’union avec Boulevard de la mort) au caméo de l’imprévisible Bruce Willis, en pleine autodérision exorciste ; de l’hommage aux seconds couteaux du circuit (Michael Biehn, Josh Brolin) à la délégation pop la plus in (la chanteuse Fergie, ou Naveen _ Andrews, l’Irakien de Lost) ; du clin d’œil à l’épopée grisonnante du cinéma d’horreur (Tom Savini, grand maquilleur de morts-vivants, dans le rôle d’un shérif) à la propre famille du réalisateur (fils, nièces), tous les profils peuplent cette pétaudière qui, quitte à assumer pleinement sa sympathie pour le rétropédalage dans la série Z, cannibalise aussi les clichés du western-spaghetti ou du nanar carcéral.

Tout cela pour rire, forcément, férocement, ce qui peut suffire. Mais pas seulement. En grattant un peu, on distinguera aussi un certain état des lieux sociopolitique dans lequel l’immigration est perçue comme un fléau et la sauce barbecue comme une panacée. Avec un petit effort supplémentaire, le décor et les nervis peuvent suggérer Guantanamo. Serait-ce une manière de rappeler qu’à ­notre époque, l’invasion la plus redoutable n’est plus ­celle des profanateurs de sépultures ?

Planète Terreur, un film Grind House de Robert Rodriguez
Durée : 1h45
Sortie le 14 Août 2007

A lire également sur Ecrans :
- Tarantino : en voiture, Marcel !, le proustien Boulevard de la mort malaxe des souvenirs de séries B (06/06/2007)


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