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mercredi 5 novembre 2008 11:36

  • cinéma

Planning capital

Pilule. Claire Simon recrée avec justesse l’écoute dans un centre d’accueil familial.

par Gérard Lefort

Nathalie Baye et deux adolescentes. Les vedettes du film se dissipent dans leur rôle. Photo Laurent Thurin Nal

Les Bureaux de Dieu, de Claire Simon, avec Nathalie Baye, Isabelle Carré, Béatrice Dalle, Nicole Garcia... 2h02.

C’est un film qui, dès son générique, grimpe au ciel. De fait, plus on monte en ascenseur dans les étages d’un immeuble parisien, plus les noms d’actrices fameuses s’accumulent : Nathalie Baye, Nicole Garcia, Béatrice Dalle, Isabelle Carré... Du coup, quand le film pousse la porte des locaux d’un centre du Planning familial, on se demande si Catherine Deneuve ne va pas faire un saut et Isabelle Adjani passer un coup de fil. Mais on a aussi repéré des noms plus inattendus (Marceline Loridan, Marie Laforêt...) ou totalement inconnus : Loredana Aquaviva, Caroline Bennequin, Mounia Dahou, Tania Petrovna.

Ce méli-mélo intrigue et ne perd pas son temps pour foncer vers son sujet : quelques jours dans la vie d’une poignée de conseillères, de toubibs et de leurs « consultantes ». D’entrée, deux adolescentes d’origine algérienne se posent les questions de leur âge : pilule, pénétration, virginité. Pour les écouter et tenter de leur répondre : Nathalie Baye ? Mais non, Anne, un personnage. C’est un moment de cinéma très puissant où les vedettes se dissipent dans leurs rôles. Certes, cela tient à leurs talents d’actrices : Baye formidable, Nicole Garcia de même et la Dalle sublime en deux bouffées de clope.

Mais ce tour de passe-passe vient d’abord de la haute qualité des rapports mis en scène. Comme si toutes ces stars s’étaient métamorphosées en oreille géante, littéralement absorbées à l’écoute des mille faits divers de la sexualité ordinaire, souvent dramatiques, parfois hilarants. Mais cette équidistance de la parole qui invente une égalité des personnages n’existerait pas physiquement si la caméra, dans ses mouvements de noria des unes aux autres, ne rendait pas tangible une véritable démocratie des discours. Ce ne sont pas des dialogues mais des pourparlers. Ajoutons, ce qui n’est pas rien, que ces femmes célèbres, qui ont joué le jeu du « petit film », sont visiblement dans un acte militant qui mérite toutes les louanges. Anne expliquant à un groupe de gamines déconneuses la notion de speculum, c’est un grand moment d’humilité au service d’une cause.

Le piège aurait été de faire de toutes ces « écoutantes » des héroïnes. Claire Simon l’évite en suggérant au contraire que ces femmes exceptionnelles sont ordinaires. La vie privée frappe à la porte quand Anne s’allonge par terre pour récupérer, quand Denise (Nicole Garcia) répète son rôle pour un Andromaque de théâtre amateur, quand une ampoule pète dans la cuisine-salon où on cause et que le docteur Lambert (Boujenah, oui, Boujenah ! extra) joue les électriciens.

Le final est un bouquet d’humanité supplémentaire en compagnie d’une pute bulgare archangélique qui explique, enceinte pour la troisième fois de l’homme qu’elle aime : « Oui, je sais, mais je ne peux pas, c’est comme ça. » Les Bureaux de Dieu est un film vital.

Paru dans Libération du 5 novembre 2008


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