mercredi 17 septembre 2008 11:52
Plein cadre sur le procès « Charlie »
par Eric Loret
tags : politique , presse , religion , censure
Conférence de presse de Philippe Val et Caroline Fourest. Photo DR
C’est dur d’être aimé par des cons, de Daniel Leconte. 1 h 38.
Le 30 septembre 2005, le journal danois Jyllands-Posten publiait douze caricatures de Mahomet. A moins d’être sourd et aveugle, difficile de n’avoir pas entendu parler des déchaînements qui s’ensuivirent. En France, le 8 février 2006, Charlie Hebdo décide de publier ces caricatures avec, en une, un Mahomet pleurant : « C’est dur d’être aimé par des cons. » Et, en accroche : « Mahomet débordé par les intégristes. » Deux des dessins constituant, à leurs yeux, une injure contre les musulmans, la Mosquée de Paris et l’Union des organisations islamiques de France intentent un procès à l’hebdo satirique. C’est ce procès que raconte le documentaire de Leconte, qui met en scène intelligemment la défense de la liberté d’expression –c’est-à-dire d’interprétation–, en revenant sur le contexte et en interviewant les protagonistes de l’affaire : en particulier le directeur de Charlie, Philippe Val, la journaliste Caroline Fourest et les avocats des deux parties. Du côté de Charlie, sont convoqués des témoins médiatiques tels qu’Elisabeth Badinter, Claude Lanzmann, Hollande et Bayrou, et d’autres moins connus mais exposant des vues très laïques sur l’islam : Abdelwahab Meddeb, enseignant franco-tunisien et animateur sur France-Culture, ou Mohamed Sifaoui, journaliste algérien réfugié politique en France. Leconte filme aussi les préparatifs du numéro spécial de Libération publié en collaboration avec Charlie Hebdo le jour du procès, le 7 février 2007. On approuve évidemment la laïcité façon 1905 ainsi mise en image. Il est en revanche permis d’émettre quelques réserves cinématographiques. Constitué de nombreux plans fixes sur des personnes qui racontent leur combat, il peut s’écouter les yeux fermés. La mise en scène « héroïque », à coups de musique sépulcrale (ou triomphale, alternativement), construit un discours qui va un peu à rebours du contenu affiché : défense d’une religion modérée, taclage des fanatiques. Pourquoi, entre autres choix de montage, avoir autant donné la parole à deux intégristes débiles perdus dans la salle des pas du même nom et pourquoi avoir assourdi la fin d’une phrase d’un prétendu défenseur de la laïcité qui, s’adressant à une musulmane enfoulardée, lui assène : « Que vous le vouliez ou non, la France est un pays de culture chrétienne. » Il n’est du coup pas sûr que les musulmans modérés ressortent vainqueurs de ce film, où on ne les a guère vus : même Sifaoui finit par suggérer que l’islam est, par nature, intolérant. Enfin, Sarkozy, solidaire de Charlie, fait son apparition. Ce qui ne l’empêche pas, depuis, de promouvoir une « laïcité positive », où l’espoir est confié au religieux, à défaut de vouloir redistribuer les richesses pour mettre « l’espérance » dans l’assiette plutôt qu’aux cieux. Dernier paradoxe de ce manifeste laïque.
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