vendredi 2 juillet 2010 10:19
Porno au féminin
par Philippe Azoury
tags : sexe , court-métrage
Ticket de métro obligatoire - DR
Dirty Diaries film collectif d’Elin Magnusson, Tora Martens… 1 h 36. Cela fait quelques années que, de façon synchrone avec les «gender studies», des collectifs féministes espèrent voir émerger une nouvelle pornographie, moins machiste, moins bourrin, et souvent - le mot revient - moins moche. A l’arrivée, c’est un équilibre toujours difficile à régler, comme si la pornographie avait ses défauts pour essence. Les pornos un peu chics ont vite cassé les pieds (ils ne reproduisaient de toute façon que les pires clichés des revues soft), et le porno militant, souvent queer, est le dernier bastion vers lequel se tourner pour qui espère régulièrement qu’il se passera quelque chose d’assez rock’n’roll avec la pornographie. A ce titre, les Dirty Diaries sont un cas d’école. Sa productrice, Mia Engberg, avait réalisé il y a quelques années un court métrage au portable pour un festival à Stockholm dans lequel elle filmait des femmes atteignant l’orgasme en se masturbant. Ce film de deux minutes a un peu tourné, et les réactions souvent à côté de la plaque des mecs devant ce film («elles auraient pu se maquiller») ont poussé Engberg à lancer un vaste programme de courts métrages très cul et tous tournés par des femmes. Mot d’ordre : Nous pouvons créer nos propres images sexuelles. Il a même été écrit quelque part «repenser la pornographie», chantier un peu vaste au regard de cette collection de douze films suédois, très inégale. On aurait vraiment voulu que le niveau global ait la virtuosité et la part d’énigme qui habitent les quatorze minutes de Skin, le premier court métrage de la série, réalisé par Elin Magnusson, et seule totale réussite du projet : un homme et une femme s’aiment dans une combinaison couleur chair, qui, si elle masque leur peau, ne masque pas l’humidité que la caresse provoque. De petits coups de ciseau laisseront lentement ressortir une véritable peau que les déceptions amoureuses avaient enfouie. L’amer Body Contact, où un mec se prend pour Rocco en baisant comme un sac, ou l’effervescent Red Like Cherry de Tora Martens, sauvent un peu les meubles. Mais l’ensemble permet de constater que le hard ne se laisse pas aisément démonter à coups de concept. Paru dans Libération du 30/06/2010 Sur le même sujet :
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