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jeudi 5 novembre 2009 13:05

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Porno suédois : la bourse ou le vit

par Anne-Françoise Hivert

tags : sexe , court-métrage

Capture d’écran du trailer « Dirty diaries ». DR

Scandinavie, de notre correspondante

Un porno féministe ? Pas nouveau. Mais financé par des subventions publiques, voilà qui pourrait surprendre. Surtout lorsque l’organisme qui met la main à la poche n’est autre que l’Institut suédois du film, peu connu pour ses largesses à l’égard de l’industrie du X. Mais l’œuvre en question sort de l’ordinaire. Dirty Diaries, douze courts métrages, conçus par autant de réalisatrices, veut revisiter le genre. Mettre des femmes derrière la caméra, leur faire filmer le plaisir et la sexualité au féminin, loin des clichés d’une industrie dominée par les hommes. Le tout dans une démarche féministe. Mia Engberg, 38 ans, est à l’origine du projet. Documentariste, elle a réalisé, en 2002, un premier film érotique, Selma et Sofie, qui racontait le désir d’une femme pour sa prof de natation. Une rupture pour elle, qui se définit comme une « féministe engagée », opposée à tout ce qui peut avoir trait à l’industrie du X. « Je me suis rendu compte que j’étais devenue victime de mon opposition. Je m’interdisais le porno,alors que je voulais voir des films, mais faits autrement. »

En 2004, Mia Engberg récidive avec un court métrage, présenté au Festival du film de Stockholm, qui montre le visage de femmes pendant l’orgasme. Les réactions l’étonnent. « Les hommes les trouvaient moches. » Pour elle, c’est la preuve qu’ils ont besoin de voir plus de femmes s’adonner au plaisir du sexe. Des vraies, pas des poupées Barbie aux seins siliconés et aux fesses liposucées.

Une douzaine d’artistes, de réalisatrices et de féministes répondent à l’appel. La règle du jeu est simple : les femmes ont carte blanche pour réaliser un film de moins de quinze minutes avec la caméra d’un téléphone portable. Le DVD, sorti ce mois-ci en Suède, est accompagné d’un manifeste, qui encourage les femmes à ne pas succomber aux canons de la beauté fixés par l’industrie de la mode, mais à canaliser leur énergie dans l’exploration de leurs désirs sexuels. A revendiquer le droit au plaisir. « En tant que lesbienne, c’était important pour moi de montrer comment on peut faire un film porno en sortant du schéma habituel, qui réduit le rôle de la femme à celui d’un objet », explique la réalisatrice Åsa Sandzén. Le résultat, Dildoman, est un film d’animation, où deux femmes géantes transforment un spectateur d’un club de strip en sextoy, se l’enfoncent dans le vagin et… finissent par le casser. Certains films sont très conceptuels. D’autres reprennent les ficelles du porno traditionnel.

Celui de Joanna Rytel est plus politique. Elle a tourné Flasher Girl on a Tour à Paris, où elle se masturbe en public, sur le balcon d’un hôtel, le quai d’un métro, au café du Ritz… La revanche de la femme ? « Non, mais je veux retirer le brevet de l’exhibitionnisme aux hommes et libérer les femmes, en montrant qu’elles n’ont pas à se cantonner dans des rôles de filles gentilles et bien éduquées. » La blogosphère suédoise s’emballe. Est-ce vraiment dans l’intérêt des femmes de se lancer dans le porno ? Beatrice Fredriksson, membre du parti modéré et fondatrice d’un blog antiféministe, compte parmi les principaux détracteurs du projet. Pour elle, « que l’État décide que le porno féministe est de l’art mais que le porno traditionnel est répréhensible n’est rien de plus qu’une moralisation paternaliste, qui envoie de mauvais messages dans le débat sur l’égalité ».

L’Institut suédois du film défend sa subvention de 35 000 euros, au nom de la création artistique et d’une démarche qui s’inscrit justement dans la réflexion sur l’égalité entre les sexes. Mia Engberg assure avoir reçu des messages de soutien du monde entier. Et même, avoir été contactée par une société française, qui voudrait produire le DVD en France.

Paru dans Libération du 3 novembre 2009


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