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jeudi 31 janvier 2008 12:36

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Pornographes et sentiments

par Edouard Waintrop

tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , Japon , le coin du cinéphile

The Pornographers. DR

The Pornographers (Jinruigaku nyumon : Erogotshi yori, 1966), VO, sous-titres anglais, un film de Shohei Imamura, avec Shoichi Ozawa, Sumiko Sakamoto et Keiko Sagawa, 127 minutes, noir et blanc, the Criterion collection, DVD zone 1, entre 14 et 27 euros d’occasion en Europe, ou 24 dollars aux Etats-Unis.

En fait de pornographes au pluriel, le film de Shohei Imamura s’intéresse à l’un de ces cinéastes clandestins en particulier : le dénommé Yoshimoto Ogata. Un drôle de zig. Un type qui s’est lancé dans cette activité illégale pour nourrir sa nouvelle famille, Haru, sa maîtresse, une veuve qui aime l’amour, et les enfants de celle-ci, Keiko et Koichi, avec lesquels, Ogata a des rapports pour le moins compliqués.

Le film montre ça, et le travail de ce pornographe populaire : tourner des films en pleine nature ou dans un garage désaffecté, en faisant gaffe à ce que personne aux alentours ne s’en aperçoive. Tourner des fictions idiotes avec des acteurs souvent à la limite de la débilité... mais aussi faire le maquereau pour des bourgeois viveurs, de vieux dégueulasses amateurs de très jeunes filles, la plupart du temps de fausses vierges.

En plus, il doit faire face aux racketteurs attirés par ce business et parer aux trahisons de ses complices. On retrouve là l’intérêt prononcé d’Imamura pour le demi-monde, les bas-fonds, les histoires sexuelles. Et le cinéma. Avec son style très particulier, à la fois explicite et allusif, à des années-lumière du minimalisme, alors à la mode dans le cinéma nippon et reconnu par la critique internationale.

Les effets du désir sont décrits avec précision, pas les scènes d’amour. Le film s’intitule The Pornographers, mais aucune scène porno n’est visible à l’écran. Et pourtant le spectateur jubile. Ce film passionnant est tiré d’un roman burlesque d’Akiyuko Nosaka. Il semble que Imamura y ait rajouté une grande partie des scènes domestiques, celles qui racontent sa vie avec Haru, la coiffeuse, ses rapports conflictuels avec Koichi, le fils, et plus piquantes avec Keiko, la fille d’Haru.

C’est bien une autre marque du talent particulier d’Imamura. Quand il adapte un roman comme celui-là, le futur réalisateur de l’Anguille, de Pluie noire, de La ballade de Narayama, en rajoute. Il conçoit des tonalités supplémentaires. Ici des variations sur les sentiments, passion pour sa femme et désir pour sa belle fille, qui torturent Ogata, le pornographe.

C’est un film peu connu de son réalisateur, il n’est pour le moment accessible qu’en provenance des Etats-Unis, avec des sous-titres anglais. Cela vaut quand même la peine de le voir ainsi.


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