samedi 17 juin 2006 11:51
Portrait d’une Amérique acide
Dans « Blue Sunshine », la bonne société s’entretue sous LSD.
par Alexis Bernier
Blue Sunshine, de Jeff Lieberman (1976), 1 DVD Bac Vidéo, 15 euros.
Contrairement à d’autres réalisateurs des années 70-80, dont on redécouvre les films en DVD ou en téléchargement clandestin, il y a de grandes chances pour que Jeff Lieberman passe définitivement à la trappe. Sans aller jusqu’à faire du réalisateur de la Nuit des vers géants et de Survivance un génie injustement boudé, reconnaissons qu’il fait partie de ces seconds couteaux dont les productions, jamais totalement satisfaisantes, contiennent toujours un truc intrigant. Ainsi dans Blue Sunshine, thriller fantastique tourné sans moyens en 1976, des mères de famille bon chic bon genre, des flics honnêtes et des cadres bêtement dynamiques perdent soudain leurs cheveux et, la boule à zéro, trucident joyeusement leur prochain. Injustement accusé, un hippie aussi indécrottable qu’instable, incarné avec conviction par le futur producteur-scénariste de Neuf semaines et demie, découvre qu’un violent retour d’acide frelaté (le Blue Sunshine du titre) les pousse au massacre. On peut faire une lecture réactionnaire du scénario – « regardez les ravages de la drogue, c’est bien fait pour eux, ils n’avaient qu’à pas en prendre » – mais, outre qu’il préfigure le devenir monstrueux d’une génération flower-power embourgeoisée qui a massivement voté pour Bush Jr. et la guerre en Irak, le film de Lieberman jette un regard délicieusement sarcastique sur la société américaine. Ainsi, l’ex-trafiquant de LSD artisanal est devenu candidat au Sénat en passe d’être élu haut la main. Toutes proportions gardées, on pense au premier film de Cronenberg (Scanners) et plus encore au polar teinté d’éléments surnaturels de Larry Cohen (It’s Alive...). Autre curiosité, les bonus de cette édition proposent le premier court métrage de Lieberman. Un film financé dans le cadre d’une campagne antidrogue qui détourne la commande pour livrer une charge anticapitaliste anticipant de trente ans la mode du piercing.
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