vendredi 20 février 2009 11:06
Pour Meetic, « la rencontre en ligne peut résister à la crise »
Marc Simoncini, PDG du site Meetic , revient sur l’achat des activités européennes de Match.com
par Christophe Alix
tags : économie , site de rencontres
DR
En rachetant hier les activités européennes de l’américain Match.com, leader mondial de la rencontre en ligne, la PME française Meetic conforte sa place de leader sur un marché européen estimé par le cabinet Jupiter Research à 400 millions d’euros en 2008. Une « belle opération par temps de crise », selon son PDG, Marc Simoncini, qui en révèle les détails à Libération. Quel est le sens de l’acquisition de Match.com ?
Comment avez-vous pu financer une telle opération en ces temps de crise ?
En quoi ce rachat peut-il vous aider à vous développer ?
A quoi sert cette course au gigantisme ?
Comment les « pure players » Internet (sociétés uniquement en ligne) vont-ils résister à la crise ?
Que faire alors ?
Paru dans Libération du 20 février 2009
Avec cette société, nous nous livrons depuis des années une concurrence acharnée en Europe, alors même que Meetic y est deux fois plus gros que Match.com, intouchable de son côté sur ses terres américaines. Cela n’avait aucun sens et il est bien plus intelligent de se partager le monde, sauf en Amérique latine où nous resterons concurrents.
Sans cash en poche et avec les robinets du crédit gelés, il fallait trouver une solution. C’est pourquoi Interactive Corp, le propriétaire de Match.com, acquiert en échange 27 % de Meetic, pour plus 5 millions d’euros. Au total, l’opération est évaluée entre 85 et 90 millions d’euros. L’accord est très avantageux pour les deux parties.
Dans notre métier, il faut sans cesse recruter de nouveaux abonnés et donc investir massivement en publicité : plus de 60 % de nos 133,7 millions d’euros de revenus l’an dernier. Grâce à notre nouvelle position, nous allons pouvoir réduire ces dépenses et élargir considérablement notre base en l’étoffant de plusieurs dizaines de millions de nouveaux membres en Europe.
C’est l’effet réseau. N’oubliez pas que sur 100 personnes qui s’inscrivent sur un site de rencontres, seulement 10 % payent pour devenir membre actif. Plus vous avez d’inscrits, plus vous êtes en mesure de recruter de nouveaux abonnés autour de services innovants comme le matchmaking, qui consiste à cibler au mieux les rencontres en croisant les profils psychologiques.
Très mal. Il est certain que je suis plus à l’aise avec mon modèle ringard du Web premier âge. 98 % de nos revenus viennent des abonnements et ceux qui ne vivent que de la pub vont terriblement souffrir. La bulle Internet 2.0 est en train de péter et l’on voit bien qu’en dehors des très grosses audiences de la Toile, comme Google, qui vivent très bien de la pub, de plus en plus de sites en vivent très mal. Ajoutez une récession record et des tarifs publicitaires en chute libre et vous imaginez le désastre.
Je suis persuadé que la valeur viendra de plus en plus de l’abonné. Notre parcours plaide, me semble-t-il, pour la pertinence de ce vieux modèle et, pour le reste, je pense que le business de la rencontre est assez solide pour résister à la crise. L’abonnement à un site de dating est finalement très bon marché par rapport à ce qu’il peut rapporter…
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