Pour ou contre l’ouverture des jeux en ligne à la concurrence
Le Sénateur UMP François Trucy approuve, tandis qu’Olivier Ferrand, de la fondation Terra Nova, dit "peut mieux faire"
par Christophe Alix
tag : paris en ligne
CC BY Olivier Duperray
Sénateur (UMP) du Var, François Trucy est l’auteur de deux rapports parlementaires sur les jeux d’argent. Il explique pourquoi cette ouverture à la concurrence, « limitée et à la française », lui paraît équilibrée. Comment jugez-vous ce nouveau cadre du jeu à l’ère des réseaux ?
Olivier Ferrand est le président de Terra Nova, un think tank de gauche. Selon lui, une autre solution « progressiste » était possible pour mettre la France en conformité avec le droit européen. Que pensez-vous du projet de loi ?
Olivier Ferrand est le président de Terra Nova, un think tank de gauche. Selon lui, une autre solution « progressiste » était possible pour mettre la France en conformité avec le droit européen. Que pensez-vous du projet de loi ?
Paru dans Libération du 6 mars 2009Pour
Le gouvernement français était dans une équation quasi impossible. Il lui fallait ouvrir le secteur, mais pas trop largement afin de préserver ses monopoles, notamment dans les activités traditionnelles qui ne sont pas touchées par la réforme en cours. En même temps, il fallait définir un cadre suffisamment attractif pour attirer de nouveaux acteurs, tout en maintenant les recettes fiscales. Enfin, il fallait penser à la protection des joueurs afin de les préserver d’une avalanche de nouveaux jeux et paris en tous genres, potentiellement très addictifs, tout en prenant acte de leur appétit pour cette nouvelle forme de loisir. De l’art de concilier les inconciliables…
Le résultat vous paraît-il convaincant ?
Grâce à l’autorité qui va se mettre en place, pour laquelle le gouvernement promet des moyens considérables, on va enfin pouvoir lutter contre l’offre illégale et essayer de la convertir en une offre légale, surveillée et régulée. Certes, l’offre de jeux et le taux de retour aux joueurs resteront bien inférieurs à ce qu’ils sont aux Bahamas ou à l’île de Man, mais, désormais, les garanties seront là.
Plus d’offre et une concurrence accrue, est-ce compatible avec une politique du jeu responsable ?
Ce n’est pas forcément incompatible et je me félicite que, pour la première fois, l’Etat français fasse de la protection des joueurs une de ses priorités. C’est quelque chose de très nouveau et qui va concerner aussi bien les jeux en ligne que les anciens jeux, longtemps très peu encadrés. Paradoxalement, c’est l’irruption d’Internet dans les jeux d’argent qui aura mis au premier plan des enjeux de santé publique longtemps négligés par la tutelle publique.Contre
Je note d’abord une clarification salutaire. Le gouvernement a cessé de dire qu’il y avait une fatalité européenne à l’ouverture du secteur des jeux à la concurrence, ce qui était à la fois faux et hypocrite. l’Europe n’a jamais interdit à aucun Etat d’avoir une politique restrictive en matière de jeux d’argent à partir du moment où elle s’applique de manière égale à tous les acteurs, publics comme privés. Or, pour des raisons fiscales et d’intérêt économique, l’Etat français n’a eu de cesse de développer ses monopoles comme la Française des jeux. Je préfère la position de l’Allemagne, qui a préféré interdire purement et simplement les jeux en ligne au nom de l’intérêt général.
Au nom du réalisme, le gouvernement dit qu’il vaut mieux réguler tous ces sites qui se sont développés dans l’illégalité et ne lui rapportent aucune recette…
Cela ne va pas empêcher d’augmenter l’offre de jeux, donc leur consommation et les comportements addictifs qui y sont associés. C’est mécanique. Je pense d’autre part qu’il est illusoire de penser qu’on puisse en rester à une ouverture partielle, avec des jeux et des pratiques autorisées en ligne et d’autres qui ne le sont pas. Très vite, l’ouverture sera totale. C’est une voie sans retour, très dangereuse.
Que préconisez-vous ?
Il n’y a pas de fatalité à jouer plus pour perdre plus ! On aurait pu faire le choix de renforcer la tutelle afin de réellement encadrer les monopoles et de donner la priorité aux objectifs de santé publique. Plutôt que chaque Etat fasse sa petite cuisine dans son coin, c’est au niveau européen qu’il aurait fallu définir une politique commune. Avec un Internet qui se joue des frontières, un cadre national de régulation est complètement dépassé.
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