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mardi 10 janvier 2012 11:32

  • jeux

Prisonniers du désert

par Olivier Séguret

tags : GTA , Moi jeux

Photo Casey Fleser, CC BY

Toutes les communautés ont leur tradition à la con : en janvier, le gamer poireaute, c’est comme ça et il doit s’y faire. Il est censé être tout repu de ses excès, englouti sous le déluge de jeux dont on l’a précipitamment gavé pendant les fêtes. Le gamer, ces jours-ci, est renvoyé à l’image culpabilisée d’une sorte de gros bébé prié de ne pas emmerder le monde avant la fin de la sieste… Il y aurait donc un temps où ça suffit. Une parenthèse sans jeux, sans sorties, sans actualité. Une sorte de trêve tacite qui emprunte ses codes contradictoires à la gueule de bois imposée, au régime détox, à la ceinture de chasteté virtuelle. Bien sûr, on ne pourra jamais prouver le complot objectif à l’œuvre derrière cet abandon. La boussole de l’industrie n’est pas morale. Ce no game’s land qu’elle laisse après Noël est un état de fait collatéral, telle une plage à marée basse, comme un champ de bataille encore fumant mais déserté, une fois les armées du commerce retirées.

Toutes les « industries culturelles » ont fabriqué leurs propres rythmes et leurs propres saisonnalités. La « rentrée littéraire », le cadencement des festivals de cinéma, la saison des salons ou celle des prix sont des témoignages de contraintes parfois anciennes, de nécessités plus ou moins déguisées en vertus. Ces balises finissent par construire de toutes pièces un calendrier auquel le conformisme général ne peut résister, mais qui n’a profondément rien à voir avec la « vérité » d’un rythme artistique souverain qui refléterait le tempo créatif des écrivains, cinéastes ou musiciens. Et qui répond encore moins à la courbe des désirs des joueurs, pour l’instant priés de se débrouiller en alternant voracité et anorexie.

Si elle adhère massivement à ce panurgisme, l’industrie du jeu vidéo connaît aussi ses têtes brûlées, qui sont surtout de gros malins. L’un des meilleurs studios du monde, Rockstar, s’est fait une spécialité de cette technique qui consiste, selon le vilain terme du jargon marketing, à « désaisonnaliser » un produit. Red Dead Redemption ou L.A. Noire, par exemple, ont usé du stratagème. En 2012, on sait déjà quelle carte majeure, et potentiellement atomique, va abattre Rockstar : GTA V, le nouveau volet de la saga la plus populaire au monde. Mais on ne connaît pas encore sa date de sortie, ni donc la stratégie retenue pour son lancement. Quelle qu’elle soit, il faudra beaucoup de GTA ou de Rockstar pour combler les vides du calendrier mité de l’industrie, qui trouverait pourtant là une occasion de démontrer la « maturité » dont elle se flatte désormais.

 

Paru dans Libération du 9 janvier 2012


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