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vendredi 6 février 2009 15:17

  • cinéma

« Privilégier l’audace artistique avant tout »

Festival. A la Berlinale, qui a ouvert hier, Claus Löser propose une rétrospective de films du bloc de l’Est .

par Nathalie Versieux

tags : festival , rétrospective , Allemagne

La Palombe dansante - DR

BERLIN, de notre correspondante

Le Festival du cinéma de ­Berlin (jusqu’au au 15 février) consacre cette année quinze projections à des films du bloc de l’Est tournés entre 1977 et 1989. Cette partie du programme intitulée « Adieu l’hiver » doit son nom au titre d’un film de la metteure en scène est-allemande Helke Misselwitz. Claus Löser, responsable de cette rétrospective, la commente pour nous.

Selon quels critères avez-vous choisi les films de cette sélection   ?
Les films que nous avons retenus ont tous en commun d’être audacieux. Mais j’ai privilégié l’audace artis­tique, plus que politique. Du temps du Mur, faire preuve de créativité était en soit courageux. Dans certains pays, on risquait même la prison ou l’asile psychiatrique pour ça  ! Prenez la Palombe dansante, du Polonais Grzegorz Królikiewicz  : l’intrigue parle d’un paysan qui a étudié, entre dans le parti, et échoue à cause de ses propres contradictions morales. Si j’ai finalement choisi ce film, c’est parce qu’il est à bien des égards plus innovant et courageux que ceux de Wajda, pourtant plus connu.

En quoi les films sélectionnés laissent-ils présager des changements politiques à venir  ?
Nous avons voulu montrer que peu avant la fin de la Guerre Froide, il y avait des forces, des développements souterrains qui ont préparé ces changements. Les œuvres d’art traduisent ces prémisses. Ce sont comme des instruments de mesure très sensibles. On a observé la même chose déjà avant le IIIe Reich. Mais Les situations étaient très différentes d’un pays à l’autre. Les régimes hongrois et polonais étaient plutôt libéraux. On y a tourné des films beaucoup plus ouverts qu’en Roumanie, en Bulgarie, en Tchécoslovaquie ou en RDA. Vous noterez la même chose dans la peinture. En Roumanie, du temps de Ceaucescu, la dictature était si dure qu’il était presque impossible de tourner un film qui penserait un tout petit peu autrement que le courant officiel. En RDA, du fait de la présence proche de la RFA, nous n’étions pas si isolés.

Quel rôle ont joué les nouvelles structures économiques  ?
Pour les metteurs en scène allemands, les choses ont été plus faciles. Du fait de la réunification, ils ont eu accès à l’industrie du cinéma de l’Ouest. En Hongrie par contre, les studios ont été privatisés, le système s’est totalement effondré. Tout a changé. Il est devenu très difficile d’y faire des films intellectuellement ambitieux. Le commercial ­dominait. Comme en Russie aujourd’hui. On y produit beaucoup de films. Des films qui peuvent attirer des millions de gens dans le pays, mais qui n’intéresseraient personne à l’étranger.

Comment connaissiez-vous les films sélectionnés  ?
Je suis né en RDA, et je me suis intéressé tôt au cinéma. La situation était paradoxale  : nous ne pouvions voir aucun film occidental, ni Godard, ni Pasolini, ni Fassbinder, mais nous savions que ces films existaient, car nous captions la TV ouest-allemande. Bizarrement, nous pouvions voir ces films en Hongrie. Le communisme était plein de contradictions.

Paru dans Libération du 6 février 20091


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