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mardi 8 février 2011 17:35

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Professeur Scrine : « Mon prof de math soutient que :-) > ^-^ »

Toutes les deux semaines, retrouvez sur Ecrans.fr les précisions linguistiques du Professeur Scrine.

par Professeur Scrine (recueilli par Stéphanie Estournet)

tag : Professeur Scrine

©Yann Valeani

Alors que des e-dentités Facebook ont été détournées pour la bonne cause, on me demande encore, plus ou moins ouvertement il est vrai, des précisions langagières. « Professeur, mon prof de math soutient que :-) > ^-^, et mon prof de philo affirme que le smiley est l’icône de l’humanisme dans son acceptation Renaissance. Puis-je les croire ? » (Thomas K., étudiant cartésien).

Maintenant que la vie et l’œuvre des émoticones n’ont plus de secret pour vous, venons-en aux raisons de leur succès. Car ces petits machins, s’ils sont surutilisés par les kikoololleurrace, restent des éléments fondamentaux de la communication écrite via Internet. Leur succès s’explique d’abord par la nécessité quasi permanente de verrouiller un message de mots. Les conversations de visu s’appuient sur des signes non verbaux, perçus et non vus. Ils sont connus pour certains. Nous croisons la jambe largement pour délimiter un espace dans une situation d’adversité, nous posons notre tête sur nos mains pour signifier une écoute. Inconsciemment, le corps sous-titre en quelque sorte le message verbal.

© Scott McLoud - L’art invisible

Le smiley joue ce rôle à l’écrit, mais intentionnellement. En écrivant : « On se voit demain :) ? », l’internaute implique par le rajout de l’émoticone que l’idée de ce rendez-vous est un plaisir, que la question n’en est pas vraiment une mais plutôt une manière de signifier une perspective plaisante. On sait la capacité qui est celle de l’humain, quelle que soit sa langue, à se prendre les pieds dans des quiproquos linguistiques. Le smiley permet de limiter la casse. Et c’est une des raisons de son ancrage dans les pratiques Internet.

© Scott McLoud - L’art invisible

De là nous glissons vers l’aspect universel de la chose. Dans son Art invisible, Scott McCloud parle d’une « amplification faite par le biais de la simplification ». Plus une représentation est réduite à la substance de ce qu’elle veut montrer, plus elle fonctionne, a fortiori dans une universalité. Iconique, ce smiley représente l’idée d’être humain, quels que soient ses genre, âge, couleur, etc. Pourquoi ? Parce que, dit Scott McLoud, « nous nous voyons en toute chose [...] nous attribuons des personnalités et des sentiments à ce qui en est dépourvu ». Que celui qui n’a jamais vu un dragon traîner un chariot de feu dans les nuages lui jette le premier smiley.

La prochaine fois, nous verrons en quoi les Japonais ne sont pas que des extraterrestres. Vous voilà prévenus.

Bonne quinzaine sur vos écrans.

Retrouvez les écrits de Professeur Scrine.

Retrouvez aussi tous les maraboudficelles de Miss Gloss.


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