mercredi 23 février 2011 18:21
Professeur Scrine : m(_ _)m
Toutes les deux semaines, retrouvez sur Ecrans.fr les précisions linguistiques du Professeur Scrine.
par Professeur Scrine (recueilli par Stéphanie Estournet)
tag : Professeur Scrine
Alors que Google numérise encore et encore, on me demande encore, plus ou moins ouvertement, des précisions langagières : « Professeur, je m’indigne de ce détournement de nos émoticônes par les Nippons. Après avoir envahi nos rues de poisson cru, vont-ils détourner nos symboles ? » (Marie de L., occidentalophile et fière de l’être). « Iti write home » (@Such_a_iti, similiextraterrestre). Dans un précédent billet, nous avons vu en quoi le smiley était universel. Ceux d’entre vous qui suivent ont remarqué que je parlais ici de « smiley »
Au contraire, les smileys japonais se lisent en face à face, comme tel
Outre le sens de lecture, c’est également l’élément réflecteur d’émotion qui est différent de celui du smiley occidental. Regardons ces symboles couramment employés : (>_<),(*_*), ( ;_ ;). Le premier s’emploiera pour signifier le désappointement, voire la colère ; le second montre que l’on est choqué - et l’on est très choqué ainsi : (+_+) ; le troisième dit la tristesse. Je vous ai un peu aidé pour les sous-titres mais regardez ces smileys à nouveau. Vous les comprenez n’est-ce pas ? Ce que je veux dire, c’est qu’effectivement, on n’en a pas forcément une lecture immédiate, par manque de familiarité. Mais l’idée passe, a fortiori si on les regarde les uns par rapport aux autres. Qu’est-ce qui fait leur expressivité ? Qu’est-ce qui dit « désappointement », « choc », « tristesse » ? Oui, les yeux. A la différence du smiley occidental, le japonais s’exprime par le regard. Un lien se fait tout de suite immédiatement avec les personnages de manga aux yeux ronds.
On est par ailleurs en droit de se demander pourquoi l’Occidental transmet son émotion par la bouche (les mots, le dit, le son) quand l’Oriental se traduit par les yeux (le regard, le non-dit, le silence). Une étude menée conjointement par trois universités canadienne, américaine et japonaise sur l’expressivité faciale a permis la mise en place de corpus réunissant des hommes et des femmes de classes d’âge différentes en Amérique et au Japon, lesquels durent réagir notamment à un ensemble de smileys. Une expérience similaire plaça un autre échantillon représentatif face à des portraits dont l’expressivité se manifestait davantage par les yeux ou la bouche. La conclusion des chercheurs est la suivante : les Japonais lisent d’abord les yeux, les Américains d’abord la bouche. De sorte que si l’on veut avoir une réaction immédiate auprès des premiers, il faut travailler la partie supérieure du visage. Et vice-versa. Reste, cependant, que la lecture des uns et des autres s’appuie sur un ensemble, orchestré dans un sens. L’Américain - l’Occidental - lira la bouche souriante d’une photo portrait mais l’étirement des zygomatiques, les rides caractéristiques ne lui échapperont pas. Pour finir, permettez-moi de m’incliner devant chacun de vous, et de vous remercier chaleureusement pour vos interventions et vos encouragements. Vous voilà prévenus. Sayônara les Screeners, et bonne quinzaine sur vos écrans. Retrouvez les écrits de Professeur Scrine. Retrouvez aussi tous les maraboudficelles de Miss Gloss.
, non de « pictogrammes »
, c’est-à-dire de la représentation symbolique du visage humain lisible par tous. En langage Ascii, version occidentale, nous avons dit que cela donnait ceci :) ou cela :-). Le professeur Fahlman, inventeur de ce vecteur écrit d’émotions, créait dans le même temps, la lecture de côté puisqu’il nous faut envisager un visage couché, non droit.
m(_ _)m
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