Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

mardi 8 février 2011 15:19

  • internet

Professeur, veux-tu être mon ami ?

par Marie-Joëlle Gros

tags : éducation , facebook

Dessin François Ayroles

» sur le même sujet

Aux États-Unis, la peur pédophile

L’État de Virginie envisage d’interdire les échanges profs-élèves via le Net et le mobile.

« Madame, pourquoi vous n’avez pas voulu qu’on soit amis sur Facebook ? » La question a cueilli Sylvie Grau, professeure de maths du côté de Nantes. L’élève avait l’air sincèrement blessé. Mais comment dire oui à l’un et non à l’autre ? Faut-il laisser tout le collège débouler dans sa liste de contacts ? Si les discussions avec les élèves passent désormais à travers les murs de l’école, jusqu’où peut-on aller ?

Aux États-Unis, la hantise de la pédophilie conduit l’État de Virginie à envisager d’interdire l’usage de Facebook et du téléphone portable entre des enseignants et des mineurs. En France, le débat est moins sexué, mais « il est houleux en salle des profs », témoigne Sylvie Grau. Facebook est « trop intrusif » pour certains, « hors sujet » pour d’autres, « passionnant pour ceux qui y sont car tout le monde tâtonne », poursuit cette prof de maths. Tous les collèges et les lycées sont concernés. Même ceux qui disposent d’un Espace numérique de travail (ENT), un site web prévu pour que profs, élèves et parents puissent échanger. Mais l’ENT ne suffit pas. Les élèves utilisent « massivement et naturellement » Facebook, expliquent les profs, et eux-mêmes s’en servent sans avoir forcément envie d’y croiser leurs élèves. Étonnant d’ailleurs, que des ados veuillent compter des profs parmi leurs « amis ». Tous fayots ? Interrogés sur leur motivation, ils éludent : « Quoi ? Moi ? Ami avec Monsieur Quinson ? Ça va pas la tête ?! » La vraie raison tiendrait à la curiosité : « Pour eux, nous sommes des extraterrestres », confie un enseignant. D’où l’intérêt de surprendre E.T. sur des photos perso.

Autre explication, afficher sa popularité. Quand des élèves se gargarisent de compter 1 900 « amis », tout le monde y passe : copains, pions et profs. À l’inverse, d’autres élèves, peut-être plus fragiles, chercheraient à attirer l’attention des enseignants. Bref, toutes sortes de motivations pubères convergent vers Facebook.

Côté profs, souvent, l’enjeu éducatif démange. Beaucoup se servent déjà des technologies pour enseigner et souhaitent apprendre aux élèves à se servir intelligemment des réseaux sociaux. Derrière la question d’y aller ou pas, Facebook renseigne aussi sur la façon d’être prof. Et toute la palette des tempéraments s’y reflète : l’affectif qui s’inquiète pour ses élèves ; le paranoïaque qui craint qu’on ne médise derrière son dos ; le geek qui brûle de faire partager sa passion… Alors, pour ou contre être amis avec ses élèves ? Deux profs s’opposent.

« Je marque la même distance qu’en classe »

Caroline Jouneau-Sion, 37 ans, professeure de lycée :

« J’accepte mes élèves comme "amis" sur mon compte Facebook car j’en ai deux : l’un privé, l’autre professionnel.

Refuser les sollicitations des élèves n’a pas de sens : c’est éducatif de leur apprendre à se contenir sur Facebook. Un jour ou l’autre, des recruteurs se pencheront sur leur profil, alors autant leur apprendre le plus tôt possible à se construire une identité numérique. Facebook donne l’impression d’être un espace privé mais c’est illusoire, autant qu’ils le sachent. Dans mes échanges avec mes élèves, je marque la même distance qu’en classe. Eux-mêmes d’ailleurs font plutôt attention quand ils m’écrivent : ils mettent les formes comme je les mets moi-même. J’évite de personnaliser, je garde un ton professoral. Et si jamais il y a un petit dérapage, je recadre le moment venu, les yeux dans les yeux, pas à travers l’écran. Notre rôle d’enseignant ne se limite pas à l’instruction.

Dans ma pédagogie, j’utilise beaucoup les technologies de l’information. J’apprends à mes élèves à travailler à plusieurs et à distance. C’est une compétence supplémentaire.

Il y a énormément de discussion entre les profs sur ces nouveaux usages. Pour moi, ce n’est pas une question de génération mais d’attitude et de goût. Je serais horrifiée de devoir téléphoner dans une famille, je préfère mille fois envoyer un mail. A chacun de choisir les outils qui lui conviennent le mieux. Et de fixer les règles.

Dans mon cas, cela donne un blog, un site web, une page Facebook et un compte Twitter ouverts aux élèves. Mais pas mon numéro de téléphone portable : ça, ça me touche directement, c’est mon intimité. »

« Ça brouille les cartes : il faut une règle du jeu »

Emmanuel Grange, 30 ans, professeur de collège :

« Je refuse d’ajouter mes élèves comme "amis" sur Facebook. J’y ai beaucoup réfléchi. Facebook sert à voir et à être vu et des collégiens ne mesurent pas toujours ce que ça implique. En tout cas, dans le cadre d’une relation d’autorité prof-élèves, ça brouille les cartes : il faut poser une règle du jeu.

Je suis présent sur Facebook, mais mon profil est personnel, pas intime, nuance. Je donne quelques informations sur moi (fan de musique et de l’AS Saint-Etienne) mais rien sur ma vie privée. Quand on clique sur mon profil Facebook, on voit seulement apparaître mon blog de prof d’histoire-géo qui s’appelle LaPasserelle, et qui est pour moi un outil de travail au même titre que le manuel d’histoire ou le vidéo-projecteur. C’est carré : je reste sur la transmission des savoirs. C’est aussi une manière d’éduquer mes élèves aux technologies. Ils sont très demandeurs car eux aussi se construisent une cyber-identité et cherchent la bonne configuration.

En classe, je leur explique ma position, comment verrouiller son profil Facebook et en donner l’accès seulement au compte-gouttes. En créant par exemple différentes listes de contacts destinataires de telle info ou telle photo. Ainsi, quand j’échange des considérations politiques avec des collègues, ça ne regarde pas mes élèves (c’est d’ailleurs une question de déontologie). Et quand j’échange avec ma famille, mes collègues ne sont pas conviés. Les seules sollicitations que j’accepte sont celles de mes anciens élèves car il n’y a plus de rapport d’autorité entre nous. J’ai créé une liste pour eux. Et à chaque requête d’un ancien élève, je lui explique qu’il n’aura pas accès à tout, mais seulement aux infos que j’ai choisi de partager. »

Paru dans Libération du 7 février 2011


Il y a 3 réactions à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

éducation - Présidentielle : les candidats parlent (enfin) de numérique

facebook - Angry Birds prend son envol social

article précédent
« Mais c’est quoi, déjà, Internet ? »
article suivant
Greffe : un docu palpitant


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • réactions (3)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen
  • Un coup de Moog

Lib.fr

  • Concerts de casseroles au Québec contre la «loi matraque»
  • François Hollande en visite surprise en Afghanistan
  • Un homme arrêté pour le meurtre d'un enfant disparu en 1979
  • Des sénateurs américains veulent frapper le Pakistan au porte-monnaie
  • La projection du film de Dieudonné annulée à Cannes
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008