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jeudi 16 juillet 2009 12:23

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Projet Blair Witch : la sorcière a 10 ans

Le faux documentaire culte et réalisé avec trois bouts de ficelle fête aujourd’hui ses 10 ans.

par Alexandre Hervaud

tags : YouTube , Horreur

Mais où sont les disparus de Blair Witch ? DTC. - DR

Avec dix ans de recul, on peut légitimement avancer que 1999 aura été une année marquée par deux succès cinématographiques américains dont l’influence transparaît encore aujourd’hui sur les écrans, petits ou grands : Matrix et le Projet Blair Witch. Deux films adorés ou détestés (encore que, par rapport à leurs suites respectives, les opus originaux sont plutôt unanimement appréciés), mais incontestablement novateurs...dans leur façon de recycler. On avait déjà évoqué le cas du revival cyberpunk des frères Wachowsky lors du dixième anniversaire de Matrix en mars dernier. Intéressons nous maintenant au cas Blair Witch, sorti sur les écrans US le 16 juillet 1999 dans une combinaison de salles limitées, puis à plus grande échelle deux semaines plus tard, succès oblige, en même temps qu’en France. Le film excitait déjà depuis sa révélation au festival de Sundance, en janvier, et son exposition à celui de Cannes, en mai.

Pour les profanes, on rappellera « l’histoire » du film en citant le slogan diffusé sur les affiches et dans les bandes-annonces : « En octobre 1994, trois étudiants en cinéma disparaissaient dans les bois près de Burkittsville, Maryland, pendant le tournage d’un documentaire. Un an plus tard, leur film était retrouvé. » Présenté comme un documentaire flippant monté à partir des rushes de trois jeunes disparus sur fond d’occulte, le film était en réalité une habile manipulation orchestrée par les réalisateurs Daniel Myrick et Eduardo Sánchez, bien aidés par leurs comédiens en mode impro. Souvenirs, souvenirs :

Présenté à juste titre comme l’un des films les plus rentables du cinéma (pour un budget initial d’environ 25000$, il a rapporté presque 250 millions de dollars dans le monde, soit 10000 fois la mise !), le film est surtout reconnu pour un modèle en matière de marketing, en exploitant à fond l’outil Internet, alors balbutiant en termes de promo virale. Avec son site web (toujours actif !) présentant le dossier de manière « véridique » avec étalages de preuves et sobriété, Blair Witch reste un modèle de fake viral. A tel point que le buzz marketing autour du Projet a rapidement occulté totalement le film, de l’aveu-même de ses réalisateurs. « En même temps, vu qu’on est responsable à 90% du marketing, ça ne nous a jamais posé de problème », confiait récemment Sánchez au LA Times. Les médias US profitent évidemment de l’anniversaire pour s’intéresser au sort des deux réalisateurs, pour rappeler quelques faits et casser plusieurs idées reçues.

Capture du site Blair Witch Project - DR

Le magazine Entertainment Weekly propose ainsi dans sa dernière édition un entretien (lisible en ligne) avec les deux réalisateurs – mais réalisé de façon individuelle. On y apprend que les deux compères ont réalisé séparément d’autres longs-métrages depuis Blair Witch, mais tous sortis directement en DVD dans l’anonymat le plus complet. Interrogé sur les réactions souvent épidermiques -dans le mauvais sens du terme- du public face au film, Sánchez se justifie : « Blair Witch a commencé à concourir face aux films d’Hollywood, et dès qu’on s’attaque à Hollywood, il faut livrer la formule que le public attend, surtout dans le genre horrifique. Il vous faut un certain type d’épouvante, un certain type de conclusion... Les gens aiment les fins bien carrées. Beaucoup de gens n’auraient probablement jamais dû voir Blair Witch ».

Oui mais voilà, beaucoup de gens l’ont vu. Six ans avant la création de YouTube, refuge rêvé pour les films bricolés entre potes au cadrage hésitant (mais pas seulement, certes), Blair Witch a su pallier son manque flagrant de budget en réexploitant la vieille formule du faux documentaire (comme, au hasard, Cannibal Holocaust et C’est arrivé près de chez vous avant eux). Si certaines productions opportunistes s’étaient engouffrées dans la vague du « cinéma vérité d’horreur » peu après la sortie du film, sans succès, il a fallu attendre plusieurs années pour que le cinéma « mainstream » reviennent vers le procédé, avec une explosion ces deux dernières années : Cloverfield, Diary of the Dead, Redacted, REC et sa future suite...

A propos de suite, les deux réalisateurs semblent plutôt discrets sur le mal aimé Blair Witch 2 : le livre des ombres, pelloche opportuniste sorti en 2000 et mise en scène par Joe Berlinger (futur réalisateur du très bon documentaire sur Metallica, Some kind of monster) dont ils ont assuré la production. Présenté comme « une reconstitution d’évènements s’étant déroulé après la sortie du projet Blair Witch », le film voyait une bande hétéroclite (une gothique, un couple d’écrivains, une pseudo-sorcière...) visiter les lieux de tournage de Blair Witch (à savoir la vraie ville de Burkitsville, Maryland, envahie par les fans depuis dix ans), avec meurtres et visions d’épouvante à la clé. Pas vraiment réussi en tant que film d’horreur, le film avait le mérite de proposer une réflexion plutôt intéressante sur l’image – pas moins fine que celle de Romero dans son Diary of the Dead, par exemple. L’ultime réplique du film est d’ailleurs celle d’un personnage confronté à une vidéo curieuse : « that tape is wrong ! That’s fucking bullshit ! ».

Les entretiens récents des réalisateurs nous apprennent d’ailleurs qu’un retour de la sorcière est tout à fait probable, moyennant l’apport d’un budget suffisant... Prequel ou suite, peu importe, ils sont partants, mais pas forcément pour une redite du dispositif caméra embarquée / vue subjective. « Tu ne peux pas commencer un nouveau film Blair Witch avec une caméra vidéo qui tremblotte, mec », explique Sánchez. Pourvu qu’il ne change pas d’avis...


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