jeudi 2 février 2006 12:52
Puteaux contre monputeaux.com, le match se poursuit au tribunal
Poil-à-gratter de la municipalité de cette ville richissime de la banlieue parisienne, Christophe Grébert est jugé vendredi pour avoir cité et commenté un article du Parisien mettant en cause le maire à propos de l’attribution de marché public.
tags : blog , justice , citoyen
Christophe Grébert, blogueur de monputeaux.com, est convoqué devant la 17e chambre correctionnelle de Paris vendredi. Il est poursuivi pour diffamation par la mairie de Puteaux, une commune de 41.000 habitants de l’ouest de Paris, une des villes parmi les plus riches de France. Fixé initialement le 21 juin 2005, le procès avait été reporté car l’avocat de la ville était absent. C’est la première fois qu’un blogueur est jugé par les magistrats de la chambre de la presse. Monputeaux.com est né de la consternation de voir Le Pen parader au second tour de la présidentielle de 2002. Dès le 1er mai, Grébert décide d’adhérer au PS et d’ouvrir un espace d’expression sur la Toile. Ce journaliste de profession se dit qu’il peut tenter d’œuvrer à son échelle en tenant un carnet de bord de la commune où il vit depuis quinze ans, des travaux de la rue Jean-Jaurès aux compte-rendus de conseil municipal. Rapidement, il égratigne et devient vite la bête noire de l’équipe au pouvoir. On finit par lui interdire purement et simplement d’accéder à la tribune publique. Le 17 octobre 2003, il se fait refouler manu militari devant les caméras de télévision de France 3 par des gros bras municipaux. Pendant deux ans, il subit intimidations et insultes, se fait même interpeller par la police municipale après « avoir été vu en train de photographier des fleurs dans le parc municipal ». Les méthodes sont musclées à Puteaux, gérée sans partage par la famille Ceccaldi-Raynaud, tendance UMP, depuis trente-sept ans, d’abord par le père Charles puis par sa fille Joëlle depuis 2004. Fortement agacée par ce Putéolien remuant de 37 ans, la municipalité peu accoutumée à une telle résistance finit par porter plainte. Christophe Grébert, qui comparaît aujourd’hui en même temps que «Le Parisien», est poursuivi pour avoir reproduit un extrait d’un article du quotidien daté du 26 avril 2004, mettant en cause la mairie de Puteaux dans une affaire d’attribution de marché public. « J’ai cité quelques lignes d’une enquête du Parisien et j’ai ajouté un commentaire, explique Christophe Grébert. Est-ce que tous les blogueurs qui citent et commentent des articles risquent la même chose ? » En quatre ans, Puteaux a engagé plus de 40.000 euros sur le budget municipal en frais d’huissiers et d’avocats. Pour payer le sien, Christophe Grébert a mis en place un bouton d’appel à dons sur son blog pour l’aider à couvrir ses frais de justice. En près d’un an, il est parvenu à récolter plus de 3500 euros. La blogosphère s’est immédiatement portée solidaire. Monputeaux.com se trouve aujourd’hui référencé à la septième place des blogs francophones les plus fréquentés et reçoit 1500 visites par jour. «Il faut que ce procès serve à quelque chose, estime Christophe Grébert, qui a vécu des périodes de découragement sans pour autant baisser les bras. Il y a plein de monputeaux.com en France qui subissent des intimidations et des menaces de procès. Plutôt que de dépenser des milliers d’euros en frais de justice, le simple citoyen préfère accepter des arrangements ou fermer son blog. Je les comprends, recevoir des lettres recommandées d’avocat a de quoi effrayer » Il propose la création d’une association regroupant les blogueurs locaux de toute la France. Son premier objectif pourrait être de rédiger une charte des droits et des devoirs du blogueur local. Avec pour première règle de bloguer en affichant son nom et ses coordonnées, un geste de citoyen responsable qui assume ses écrits dans la transparence. A lire également sur Ecrans :
- Le blogueur de Puteaux gagne en justicel (26/04/2007)
- Le blogueur de Puteaux contre-attaque (4/07/2006)
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