samedi 24 juillet 2010 14:04
Quand Apple s’envole, Nokia reste à quai
par Christophe Alix
tags : Apple , économie , Nokia
Le fabricant informatique Apple a une nouvelle fois dépassé les attentes du marché au troisième trimestre de son exercice décalé, avec un bénéfice net en hausse de 78% et des ventes spectaculaires pour ses nouveaux produits vedettes. | CC : Incase.
Le timing pouvait-il être pire pour Nokia ? Déjà affaibli par les rumeurs insistantes autour du départ prochain de son patron, Olli-Pekka Kallasvuo, le toujours numéro 1 mondial des téléphones mobiles a annoncé hier de médiocres résultats, au lendemain de la publication de ceux, records, d’Apple. Alors que le fabricant de l’iPhone, qui file tout droit vers le rang de première société technologique mondiale, affiche un bond de son bénéfice de 78% au dernier trimestre, le finlandais accuse une nouvelle chute de 40%. A côté des 2,51 milliards d’euros de bénéfices trimestriels de la marque à la pomme, le géant nordique des télécoms fait pâle figure avec 227 petits millions d’euros de profits. La raison des difficultés de l’ex-étoile de la téléphonie mobile est bien connue : en dépit d’investissements conséquents (3 milliards d’euros mis chaque année dans la recherche et le développement de ses appareils), Nokia a très mal négocié le virage des smartphones, ces téléphones nouvelle génération très rentables pour leurs fabricants et qui tirent aujourd’hui le marché dans les pays riches. Il y a deux ans encore, la multinationale finlandaise disposait d’une part de marché colossale de 40% de la téléphonie mobile. C’était avant la déflagration de l’iPhone qui, à partir de juin 2007, a commencé à remettre en cause la suprématie de Nokia. Le succès du Blackberry de RIM et l’arrivée de Google dans le secteur (avec la mise à disposition gratuite de son système d’exploitation, Android) ont été d’autres coups durs pour le l’européen, qui s’est retrouvé peu à peu marginalisé avec son système d’exploitation — payant — Symbian. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tenté de réagir. Si elle a tardé à lancer le premier modèle à écran tactile — auquel Nokia ne croyait pas —, la société a multiplié les tentatives de diversification dans les contenus : la musique (Nokia Music Store), les jeux (Ngage) et maintenant Ovi, une boutique en ligne d’applications mobiles qui essaie de surfer sur la vague des « applis », mais tellement loin derrière le tsunami Apple. Résultat : le groupe a connu une véritable descente aux enfers boursiers et perdu les deux tiers de sa valeur en deux ans et demi. Si Nokia vend encore environ un million de mobiles par jour et reste une marque de tout premier plan dans les pays émergents, il risque de se trouver rapidement cantonné dans les terminaux bas de gamme. Un danger mortel, puisqu’outre des marges laminées et une surexposition au risque de contrefaçon, c’en serait fini du savoir-faire technologique d’une société longtemps réputée pour ses bataillons d’ingénieurs télécoms. A l’annonce de cette nouvelle dégringolade, la pression est encore montée d’un cran autour du patron Olli-Pekka Kallasvuo, dont le Wall Street Journal a annoncé que le conseil d’administration lui cherchait un remplaçant. « Il y a eu énormément de spéculation sur mon poste, sur moi-même, […] et ce n’est pas bon pour Nokia. Cela doit cesser d’une façon ou d’une autre », a-t-il déclaré à CNBC. Mais il n’exclut pas son départ qui, première dans l’histoire de Nokia, pourrait ouvrir la voie à l’arrivée d’un étranger à sa tête. Paru dans Libération du 23 juillet 2010.
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