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mercredi 17 mars 2010 10:12

  • cinéma

Quand Hollywood se met en scène en Bourse

par Laureen Ortiz

tag : économie

De notre correspondante à Los Angeles

Les spéculateurs ont trouvé un nouveau terrain de jeu : les block-busters hollywoodiens. Pour ceux qui doutaient que le cinéma est une véritable industrie, en voici la preuve : deux nouveaux contrats à terme sur les films, présentés par les firmes américaines Cantor Fitzgerald et Veriana Networks devant une centaine de dirigeants d’Hollywood. Ces contrats doivent être lancés d’ici deux mois. Comme tous les produits dérivés d’un sous-jacent (en l’occurrence, le chiffre d’affaires d’un film), leur but est de se couvrir d’un risque futur. De même que s’échangent en Bourse des contrats sur le blé ou le maïs pour se couvrir des aléas liés aux récoltes, les studios pourront s’armer contre le flop commercial. Risque qui justifie, aujourd’hui, des armées de conseillers aux départements marketing de la Fox, Warner Bros ou Universal Pictures.

Concrètement, ont expliqué les financiers à Century City, quartier de Los Angeles qui abrite la Fox, il s’agira de parier sur le succès ou l’échec d’un film six mois avant sa sortie. Admettons par exemple qu’on anticipe que le nouveau Tim Burton réalise 200 millions de dollars (145 millions d’euros). Un studio de cinéma qui voudrait se prémunir contre un risque de four vend donc à un investisseur (convaincu lui que le film de Burton va faire un carton) plusieurs contrats d’une valeur total de 200 millions dollars. Le studio s’engage à rémunérer sa contrepartie à chaque million de recette réalisé. Si le film rapporte 200 millions, son solde est donc nul. Mais si le film ne fait que 100 millions, le studio réalise une plus-value. Si au contraire le film draine 250 millions dollars, il verse la différence à son investisseur, mais est compensé par les gains en tickets.

Il s’agit ni plus ni moins que du pari classique de short selling, qui consiste à vendre avant d’acheter, un concept bien huilé dans les salles de marché. Une stratégie qui en fait douter certains, comme David Friendly, producteur de Little Miss Sunshine : « Je ne peux pas imaginer, même dans un million d’années, quelqu’un qui prenne cette position sur son propre film. » Dans un tel secteur, il peut être bizarre pour le buzz de savoir que les investisseurs sur un film parient eux-mêmes sur un flop. Pour Hollywood, la bonne nouvelle est que l’outil peut attirer de nouveaux investisseurs pour produire les films. Côté cinéphiles, on s’interroge. Même si « le produit pourrait éliminer la volatilité liée aux résultats des films », estime un ancien de JP Morgan Chase, consultant pour Veriana, la question reste de savoir si ce tour de passe-passe financier permettra aux studios de s’orienter vers davantage de risque artistique, ou au contraire vers du commercial pur jus.

Paru dans Libération du 16 mars 2010


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