Quand Mocky bricole
Sept nouveaux titres, très inégaux, d’une collection sous forme d’intégrale du réalisateur anar.
par Samuel Douhaire
DR
La collection Jean-Pierre Mocky
Sept nouveaux titres : Le roi des bricoleurs (1977), A mort l’arbitre (1984), Le pactole (1985), Robin des mers (1998), La candide Madame Duff (1999), Tout est calme (2000), Le glandeur (2000). Pathé, 7 DVD, 20 euros chaque.
Ce n’était pas gagné d’avance lors de son lancement au printemps 2004 et pourtant : la collection Jean-Pierre Mocky en DVD se dirige tranquillement vers une intégrale (ou presque) de la prolifique filmographie du réalisateur de L’ibis rouge. Sur les 48 longs métrages tournés par Mocky, 35 sont désormais disponibles en DVD avec un packaging immuable (boitier mince couleur papier kraft, reproduction de l’affiche originale) et une interactivité minimale (présentation sommaire du film par le réalisateur et, le cas échéant, bande-annonce et brèves interviews des comédiens). Un vrai bonheur pour les fans car les derniers films de Mocky ont, pour la plupart, connu une distribution limitée à la seule salle parisienne du Brady (propriété du réalisateur) sans le moindre passage à la télé. Deux bémols, toutefois : les 20 euros demandés par titre se révèlent un peu salés pour des films qui ont érigé – par la force des choses – le dénuement au rang de principe esthétique ; et la qualité pour le moins aléatoire des films constitue un sérieux frein à l’achat. Après avoir mangé son pain blanc en alignant les classiques lors des deux premières livraisons, la collection Mocky se retrouve en effet depuis à racler les fonds de tiroir avec, pour chaque nouvelle vague, un bon film qui sert d’alibi (ou, pour être raccord avec le style Mocky, de cache-sexe) à six passables, médiocres, voire tocards. Dans la cinquième vague proposée cet automne, le bon élève est A mort l’arbitre (1984), satire vraiment flippante – et toujours d’actualité – du fanatisme des supporteurs qui confirme que, quand on en lui donne les moyens, Mocky est l’un des rares réalisateurs français capable d’exceller dans le registre casse-cou du fantastique social. Au rayon « tout juste correct », on peut ranger Le pactole (1985), amusante comédie de hold-up avec Patrick Sébastien (rassurez-vous, il ne chante pas) et Marie Laforêt dans un rôle, qui à en croire Mocky, était destiné à Ava Gardner ! Avec un peu d’indulgence, on peut encore sauver Robin des mers (1998), fable sur le chômage dont les héros sont des enfants, voire Tout est calme (2000), ne serait-ce que pour son « pitch » (une confrérie de tueurs à gages de père en fils est responsable de toutes les morts suspectes de personnalités depuis Henri IV jusqu’à Bérégovoy en passant par Kennedy) et pour sa scène finale dans un bal de paraplégiques. Mais pour le reste, ça va pas être possible : Le roi des bricoleurs (1977), véritable bazar du n’importe quoi, n’arrive même pas à être drôle ; Le glandeur (2000), probablement le film le plus fauché jamais réalisé par Mocky, fait tellement pitié qu’on a envie de lui donner la pièce ; et La candide Madame Duff (1999), faux suspence hitchcockien mais vrai somnifère sur pellicule, est aussi raté que son making-of, réalisé pour le magazine Strip Tease, était génial – mauvaise blague : il ne figure même pas dans les bonus. Quant aux treize films restants encore en attente d’édition chez Pathé, deux seulement (1) tiennent la route : le polar ludique Agent trouble avec Catherine Deneuve (1987) et la comédie paillarde Les saisons du plaisir (1987). Sous réserve toutefois de visionnage du mélo anti-réseaux pédophiles Les ballets écarlates qui, victime de la censure selon Mocky (2), devrait sortir directement en DVD en janvier 2007. 1) Les deux films sont déjà sortis en DVD en 2004 chez L.C.J. Editions et productions
2) Lire interview sur DVDrama.
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