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lundi 28 avril 2008 09:59

  • télévision

Quand la BBC se déshabille

L’immense stock de costumes de la chaîne britannique a été vendu.

par Sabine Limat

tag : Royaume-Uni

La société Angels conserve ses quelque trois millions de tenues dans un hangar de 1,5km2. Photo Gautier Deblonde

De notre correspondante à Londres

Quand la BBC, victime de restrictions budgétaires, décide l’année dernière de fermer son département Costumes créé dans les années 30, de nombreuses craintes se sont exprimées. C’est, en effet, un trésor qui était menacé  : un stock de plus d’un million de pièces qui, malgré une valeur commerciale certaine (un chiffre d’affaire annuel de 1,3 million de livres, soit 1,6 million d’euros), était suscep­tible de ne pas trouver preneur ou d’être dispersé entre plusieurs sociétés. Un drame pour les fans des costumes de la BBC qui ont habillé des séries cultes  : les costumes fantasques de Doctor Who, ceux historiques (du XVe au XXe siècle) de la série satirique Blackadder, ceux de la série déjantée Little Britain.

De la télé mais aussi du cinéma, puisque Stephen Frears a habillé The Queen chez la BBC, tout comme Steven Spielberg avec Munich. Aussi les fans ont-ils pu pousser un soupir de soulagement en apprenant fin mars que la totalité de la collection de la BBC avait été vendue à Angels The Costumiers, une société de costumes londonienne devenue, avec cette récente acquisition, le numéro un mondial du secteur. Commencé début avril, l’acheminement de la collection de la BBC prendra au total six semaines. Ses habits – pour l’essentiel datant des années 70, 80 et 90 – viendront rejoindre les quelque trois millions de costumes appartenant déjà à Angels, disposés par époque dans un entrepôt géant de plus de 1,5 km2 au sein de son quartier général, situé à Hendon, une banlieue industrielle du nord-ouest de Londres.

Vu de l’extérieur, le hangar ne fait pas rêver. Mais passé la réception de l’immeuble, c’est toute un pan de l’histoire du cinéma, de la télévision et du théâtre que renferme l’immense bâtiment moderne.

Angels The Costumiers a été créé en 1840 à Londres par Morris Angel, tailleur qui a eu la bonne idée de se spécialiser dans la location de vêtements pour acteurs à une époque où ces derniers devaient se présenter à leurs auditions en costumes de scène. Maison familiale par excellence qui emploie aujourd’hui 120 salariés, elle est dirigée par Tim Angel, l’arrière-arrière-petit-fils du fondateur. Les trois enfants de Tim travaillent ici, c’est la sixième génération des Angel depuis Morris. Au mur, une lettre manuscrite signée de Charles Dickens – donnant des instructions relatives à la création de costumes pour l’une de ses pièces de théâtre – témoigne de la richesse de l’héritage. Celui-ci inclut des habits originaux datant de la fin du XVIIe siècle. Près de l’accueil, une série de mannequins habillés par Angels prouvent, de leur côté, que cette tradition demeure bel et bien vivante  ; les costumes ont été aperçus récemment dans Elizabeth  : l’âge d’or, avec Cate Blanchett, ou Sweeney Todd de Tim Burton et ont été nominés aux derniers Oscars. De fait, depuis 1948, Angels a remporté trente fois le prestigieux prix du meilleur costume décerné par Hollywood, notamment pour Lawrence d’Arabie, la Guerre des étoiles, Titanic, Gladiator et Marie-Antoinette.

Si la très grande majorité des costumes anciens, comme ceux portés par Gwyneth Paltrow dans Shakespeare in Love, ont été créés pour l’occasion dans ses ateliers, 90 % des costumes datant des années 1910 sont en revanche constitués de vêtements originaux, glanés par Angels à l’époque et depuis. Ainsi, aucun de ses costumes n’est jamais vendu  : chaque vêtement acheté ou créé pour un film particulier est intégré au stock, et réutilisé en fonction de la demande. Les costumes utilisés pour Titanic, par exemple, ont depuis réapparu dans au moins une vingtaine de films. « La demande tend à être cyclique, note Tim Angel. L’année dernière a été marquée par une hausse de la demande pour les costumes de l’époque élisabéthaine, avec notamment la suite d’Elizabeth et Deux Sœurs pour un roi, tandis que l’avenir sera marqué par une demande croissante pour des vêtements de la fin du XXe siècle, d’où l’intérêt pour nous d’avoir acheté le stock de la BBC, constitué d’éléments d’excellente qualité datant pour l’essentiel de cette époque. »

Environ 25 % des clients d’Angels sont étrangers, pour beaucoup américains, mais aussi européens  : les costumes figurant dans Jean de Florette et Manon des sources proviennent ainsi pour beaucoup d’Angels. La richesse de sa collection en fait une société unique au monde, comparé notamment aux studios de télévision ou de cinéma, y compris hollywoodiens, dont les plus vieilles pièces précèdent rarement les années 30.

Si le gros du business d’Angels The Costumiers provient des films, du théâtre et de la télévision, la société garde sur Shaftesbury Avenue, à ­Londres, au cœur du quartier des théâtres, là où elle est née, un magasin de location ouvert au public. Parmi ses clients, Elton John s’y approvisionne pour ses bals masqués. « Nous sommes le Harrods du costume, explique ainsi Tim Angel, en référence au grand magasin londonien. Alors que nos concurrents se spécialisent dans certains secteurs de ­niches, nous choisissons au contraire de tout faire. »

Jusqu’à inspirer les créateurs qui, de Marc Jacobs à Ralph Lauren en passant par Chloé, viennent régulièrement étudier ses archives. C’est d’ailleurs chez Angels The Costumiers que le célèbre couturier Alexander McQueen a fait ses premières armes avant de se lancer dans la mode.


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