mercredi 19 octobre 2011 12:10
Quand la publicité se compte à rebours
par Pierre Marcelle
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On l’avait trop vu venir et pas assez déploré, cet envahissement de nos moniteurs par une publicité de plus en plus intrusive. C’était dans les marges, à la périphérie de l’objet de notre intérêt, des vignettes brutales, mais brèves, des furets de jingles dont, les découvrant dans des sursauts, on se demandait, ahuri, d’où ils sortaient. C’était hier, il y a un siècle. La publicité, depuis, s’est décomplexée comme une droite : si elle rapporte toujours peu de bon pognon, dit-on, elle occupe de plus en plus d’espace, constate-t-on. L’essentiel de l’espace, en fait… Vous pouvez vérifier. Lancez, sur LibéLabo ou ailleurs, la vidéo d’une interview, d’un reportage ou de n’importe quoi, et voyez surgir les marques dans des bandes-annonces comme au cinéma ou à la télévision : en majesté, désormais, quasi plein écran et se prenant pour des œuvres. Jusqu’à il y a peu, ces spots s’adornaient d’un bandeau — oh ! pas très épais, il est vrai — autorisant le naunaute à revenir à son objet en cliquant chirurgicalement sur une icône ad hoc pour couper la chique de l’annonceur. De plus en plus souvent, cette civilité se voit remplacée par une précision, autrement plus brutale et purement formelle : un nouveau bandeau égrène un compte à rebours avant le lancement du sujet désiré. Il stipule, sans autre espoir d’y échapper, qu’avant d’accéder à l’objet commandé, il vous faudra vous cogner un temps X de spot, comptabilisé en secondes. Elles sont de plus en plus nombreuses. Oui, je sais, je laboure la mer, à prétendre ne pas vouloir l’entendre ; n’empêche, je ne dois pas être le seul à m’irriter de l’arrogance annonceuse. Même sur le service public radiophonique, où, pour n’être pas privée, la pub honnie, aussi moche que bien-pensante (pour des mutuelles, des économies d’énergie, l’hygiénisme anti-tabac ou la Française des jeux), et à l’omniprésence casseuse de rythme et d’oreilles, fait souci. Le pourtant peu rebelle Patrick Cohen, animateur matinal sur France Inter, le signifiait la semaine dernière à sa façon en nous annonçant benoîtement que la chronique de Machin ou le billet de Chose, ce serait, au terme de la réclame pour ceci ou pour cela, « dans vingt-sept secondes ». Était-ce pour nous faire patienter, ou même, venant de lui, Patrick Cohen, pour signifier une « indignation » ? Paru dans Libération du 18 octobre 2011
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