Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

vendredi 25 février 2011 09:33

  • cinéma

« Quatre films en quatre ans : Nous envisageons de lever le pied ! »

par Gilles Renault

tag : cinéphilie

Sur le tournage de True Grit, deux Coen et un Bridges - DR

» sur le même sujet

Borgne to be alive

Le remake plutôt sage, par les turbulents frères Coen, de « Cent Dollars pour un shérif », est dix fois nominé aux oscars.

Ce qui s’appelle à peu près littéralement attraper quelqu’un au vol. A peine descendu d’un avion qui l’amenait des Etats-Unis, Joel Coen a fait le 9 février une courte halte à Paris avant de filer le lendemain à Berlin présenter True Grit en ouverture de la Berlinale. Laissant à son frère Ethan le volet anglais de la promo du film, l’aîné, 56 ans, a évoqué en solo le duo familial inspiré (Barton Fink, Fargo, The Big Lebowski, Ladykillers, No Country for Old Men…) dans lequel l’un et l’autre ont pris l’habitude compulsive de coiffer les casquettes de réalisateurs, scénaristes, producteurs… et même monteurs - sous le sobriquet fictif de Roderick Jaynes.

Faire un remake induit-il une problématique particulière ?

Pas plus qu’adapter un roman. Le processus d’écriture n’est pas exactement le même, mais ça ne change pas grand-chose. Du reste, nous avons uniquement appréhendé True Grit à partir du livre. Nous avons vu le film quand il est sorti, en 1969, mais pas depuis. Il est arrivé qu’on se demande comment la version originale avait traité certaines scènes, sans plus. Le film de Hathaway ne nous avait pas laissé un souvenir impérissable, même si beaucoup de gens l’apprécient.

Que regardiez-vous ados ?

Un peu tout ce qui passait à la télévision. Pour nous, le cinéma était un pur divertissement. Nous tournions nos propres films en Super 8, en ayant conscience d’être plus passionnés que la moyenne par le cinéma, sans imaginer pour autant en faire un jour un métier. Tout ceci n’a pris forme que quelques années plus tard.

Votre intérêt pour le western ?

Limité. On aurait très bien pu passer à côté du genre sans en concevoir le moindre regret. D’ailleurs, en lisant le livre, on se sentait plus proche de Huckleberry Finn, Alice au pays des merveilles ou l’Ile au trésor, avec un jeune personnage central qui vit diverses péripéties. C’est l’époque à laquelle se situe le récit qui le classe dans la catégorie « western », mais la dimension initiatique prédomine. Enfant, et jusqu’à il n’y a pas si longtemps, je n’ai pas beaucoup prêté attention à John Ford, tout en comprenant les raisons pour lesquelles beaucoup le révèrent. Mais aujourd’hui encore, la Prisonnière du désert me fait peu d’effet, question de goût. Jeunes, nous étions bien plus sensibles à Sergio Leone, dont le regard décalé, démesuré, quasi opératique, nous parlait beaucoup plus.

Quels que soient l’époque et le contexte, votre regard sur la société américaine est souvent caustique…

Vraiment ? Nous nous nourrissons de nos observations, toutes ces choses qui nous paraissent intéressantes, cocasses, choquantes, et peut-être qu’à l’arrivée cela ne donne pas un panorama très flatteur. Pourtant, notre propre culture est indéniablement américaine et nous y sommes attachés.

Pourriez-vous concevoir un film totalement dénué d’humour ?

Peu probable, compte tenu de notre tournure d’esprit faisant qu’à un moment ou un autre, on sera toujours tentés de passer par la dérision. Au début des années 2000, nous avons failli adapter le roman du poète américain James Dickey, To the White Sea, qui raconte entre autres un bombardement de Tokyo, et là ça aurait été le film le plus grave de toute notre carrière. Le projet était très avancé mais il y a eu un souci de financement et, hélas, il n’existera sans doute jamais.

Remporter un oscar (pour No Country for Old Men), ça change quoi dans une vie de cinéaste ?

Dans notre cas, absolument rien. True Grit, par exemple, a été ni plus ni moins facile à mener à terme que nos autres films. Cela donne peut-être envie à plus de gens de travailler avec nous, bien que, à y regarder de près, notre entourage professionnel ait peu évolué. Todd McCarthy a écrit un jour dans Variety, à propos de A Serious Man : « Voici typiquement le genre de film qu’on tourne après un oscar » ; un parfait préjugé puisque A Serious Man avait été écrit et financé avant No Country.

Est-ce parce que la vie est courte que vous enchaînez de plus en plus rapidement les tournages ?

Le paradoxe veut que, plus on vieillit, plus la vie semble effectivement éphémère. Alors, il y a peut-être une dimension pathologique dans notre degré d’implication. En fait, on devrait raisonner à l’inverse : puisque la vie est courte, pourquoi consacrer autant de temps à cette activité ridicule qu’est le cinéma, au détriment d’autres occupations, comme veiller sur ses proches, par exemple ? Nous venons de faire quatre films en quatre ans et envisageons de lever un peu le pied. Pour l’heure, je sais juste que nos six prochains mois seront consacrés à l’écriture.

Existe-t-il un film que vous auriez aimé faire mais pour lequel vous ne seriez pas tombé d’accord avec Ethan ?

Non. Mais cela est dû à notre mode de fonctionnement. Nous discutons énormément ensemble, brassons beaucoup d’idées et les seules que nous développons sont celles sur lesquelles il y a un consensus de départ. Bien sûr, il existe des sujets que l’un ou l’autre aurait aimé un jour creuser, mais dès l’instant où ça coince, on comprend qu’il est inutile d’insister. Au risque de surprendre, c’est une organisation parfaitement rationnelle, où la notion d’ego n’interfère pas.

Paru dans Libération du 23/02/2011


Il y a 0 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

cinéphilie - Un montage à perdre Allen

article précédent
Pewpewpew à portée de voix
article suivant
Borgne to be alive


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Gilles Renault
  • réactions (0)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen

Lib.fr

  • Concerts de casseroles au Québec contre la «loi matraque»
  • François Hollande en visite surprise en Afghanistan
  • Un homme arrêté pour le meurtre d'un enfant disparu en 1979
  • Des sénateurs américains veulent frapper le Pakistan au porte-monnaie
  • La projection du film de Dieudonné annulée à Cannes
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008