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vendredi 13 février 2009 13:45


Quatre pétroleuses et un cœur pur

« Sólo quiero caminar », d’Agustín Díaz Yanes, et « Gigante », d’Adrian Biniez, sont les bonnes surprises hispaniques de la sélection.

par Philippe Lançon

BERLIN, envoyé spécial

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Une Berlinale en petite forme

Romance Belle Epoque, exil familial, malentendus affectifs, viol dans les Carpathes  : un tour d’horizon des trop rares bonheurs qui ont émaillé une 59e édition laborieuse du festival allemand.

L’un des films les plus vivants et les plus drôles du festival a le double mérite d’éviter le bon goût. Et de célébrer les femmes hispaniques en en faisant les héroïnes sauvages d’un divertissement d’action bon marché, entourées de tueurs machistes qu’il s’agit d’émasculer ou d’éliminer. Le tout est naturellement un hommage enfantin et facétieux au cinéma et… à la corrida (le réalisateur, Agustín Díaz Yanes, rappelait après le film qu’adolescent, il voulait être torero, « un métier sérieux, tandis que celui de réalisateur… »).

Il y a treize ans, Díaz Yanez réalisait l’un des meilleurs films espagnols de sa génération, Personne ne parlera de nous quand nous serons mortes  : la pacotille sang et or latino semblait avoir trouvé son petit Tarantino avec Victoria Abril dans un de ses meilleurs rôles. On la retrouve aujourd’hui, incarnant toujours Gloria Duque, dans Sólo quiero caminar (Je veux seulement marcher). Vieillie, seule avec son fils, elle organise avec trois brunes splendides et qu’on commence étrangement par confondre, le casse d’un coffre-fort appartenant à un Russe. L’une d’elles, Aurora (Ariadna Gil, jouant à mort le cliché de l’amazone aux longs cheveux bruns), est tabassée et arrêtée. Pendant qu’elle est en prison, sa sœur devient la femme d’un mafieux mexicain qu’elle a séduit, en tant que pute, durant une négociation qui a mal tourné. De cette scène, on retiendra une double pipe sur canapé cuir et ces mots agacés du Mexicain à l’Espagnol qu’il va descendre  : « La tequila se boit sans citron, sans sel et sans gestes. » Le quatuor féminin finit par se rendre au Mexique pour le dépouiller et affronter ses hommes de main. Le premier d’entre eux, Gabriel, dit l’Archange, dit Baby Face, est un orphelin en costume. C’est le plus beau, le plus muet, le plus triste et le plus intelligent. Le casse a lieu pendant que l’homme de garde découvre le début de la Horde sauvage. A la fin, Baby Face meurt avec une mélancolie presque joyeuse, dans un bar, en regardant Aurora s’éloigner. Reste la lumière, et une femme.

Un autre bon film hispanique de la sélection est Gigante (Géant), comédie sociale et sentimentale, premier long métrage du jeune Argentin (34 ans) Adrian Biniez. Géant qualifie aussi bien un supermarché de Montevideo que l’homme qui y travaille, Jarita, une masse timide, violente et bonne pâte, jouée par l’impressionnant Horacio Camandulle. La nuit, ce gros célibataire, passionné de heavy metal, surveille les écrans de contrôle de l’entreprise. Le jour où une employée fait tomber par maladresse une immense pyramide de papier-cul, il commence à s’intéresser à cette jeune femme chargée de l’entretien. Il l’observe, la suit, découvre sa vie, la protège sans qu’elle le sache. Tout passe par les images, celles du réalisateur, celles que Jarita visionne. Quand la jeune femme est virée, Jarita explose  : on le maîtrise dans les rayons qu’il détruit comme un buffle lentement abattu par des lions. Les rapports de production – et de médiation – déterminent la conscience, mais l’amour semble parfois leur échapper. Si le message est pesant, la manière de filmer ne l’est pas.

Paru dans Libération du 13 février 2009


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