samedi 12 février 2011 12:38
Qui êtes-vous Dr Who ?
par Patrice Giunta
tags : série , Royaume-Uni
Le 11ème Dr Who et ses acolytes - DR
Doctor Who saison 5, épisodes 1, 2 et 3
France 4, samedi à partir de 20 h 35.
Depuis près d’un demi-siècle, il voyage dans sa petite boîte bleue à travers le temps et l’espace. C’est un mythe de la BBC, et ses aventures farfelues font l’objet d’un culte outre-Manche. Mais la science-fiction et le nonsense britannique n’ayant jamais été la cup of tea des Français, la télé hexagonale est passée à côté du Doctor Who, dont France 4 porte pourtant vaillamment l’étendard depuis fin 2005, avec livraison de la saison 5, inédite, ce samedi.
En novembre 1963, tandis que les petits Français s’extasient devant les exploits d’un Solognot médiéval en collant nommé Thierry la Fronde, les Britanniques voient débarquer sur la Beeb un étrange vieillard chenu venu de Gallifrey, la planète des Seigneurs du Temps. Son moyen de locomotion spatio-temporel, le Tardis, est une cabine téléphonique british. Dans les premières saisons, en invitant des humains érudits à bord de son vaisseau — plus grand à l’intérieur qu’à l’extérieur —, le « docteur » va jouer le rôle du passeur de savoirs. Diffusée le dimanche, la série se targue de visées éducatives, plongeant l’auditoire dans des événements historiques ou futuristes. Bien que tourné en noir et blanc avec des scènes d’action assez poussives, le feuilleton devient un rendez-vous familial. Tournevis sonique en main, l’extravagant docteur vole au secours des extraterrestres les plus bizarres ou combat de récurrents méchants, tels les Cybermen ou les Daleks. Pas moins de 26 saisons vont s’enchaîner avec, astuce scénaristique, la possibilité de faire jouer le rôle-titre par divers acteurs. C’est que le docteur est âgé de plus de 900 ans : il doit souvent se régénérer, donc changer de physique. Huit comédiens lui prêteront leurs traits jusqu’à l’arrêt de la série, en 1989.
Après une tentative de retour sous forme de téléfilm, en 1996, et des velléités d’adaptation ciné aux Etats-Unis restées sans lendemain, les droits d’exploitation du docteur reviennent en 2004 dans le giron de la BBC. Le scénariste Russell T. Davies prend les rênes de la production. Gardant les fondamentaux de la série, dont il est fan depuis l’enfance (il est né avec, en 1963), il en rafraîchit le ton, peaufine les seconds rôles et imagine des ennemis incongrus dans la plus pure tradition britannique : pères Noël à kalachnikov, mannequins de vitrine qui s’animent, épouvantails prédateurs, télés piégées… Pour son come-back en 2005, le neuvième docteur est incarné par Christopher Eccleston, qui en fait un grand dadais jovial, cérébral et exalté. Le public est au rendez-vous de ces retrouvailles tant attendues, au point que l’acteur, devant le succès, craint de se voir catalogué et annonce son départ au bout d’un an. Arrive alors le dixième docteur, sous les traits de David Tennant : long manteau noir et baskets, mèche rebelle et regard perçant, mélange de Casanova interstellaire et de MacGyver version 2.0. Avant le lancement de la deuxième saison, en 2006, un épisode de Noël en guise d’amuse-gueule (la BBC diffuse la série au printemps) devient un jackpot d’audience. Durant trois ans, ce docteur loquace et enjoué forme avec ses compagnes des duos parfaits, revisitant le patrimoine anglais (Agatha Christie, Dickens, la reine Victoria), assistant à la chute de Pompéi ou crapahutant dans un Londres en proie aux bombes allemandes. L’épaisseur des personnages de Rose, Martha puis Donna va offrir aux actrices (Billie Piper, Freema Agyeman et Catherine Tate) une palette de jeu allant de l’absurde débridé à la tension la plus dramatique. Et susciter une réelle empathie : chacun se verrait bien vagabonder avec le docteur. L’an dernier, l’annonce des départs de Davies, producteur et maître d’œuvre de la résurrection du docteur, et de David Tennant (meilleur doctor de tous les temps selon un sondage) jette un froid. Le scénariste écossais Steven Moffat (Jekyll, Sherlock), qui avait écrit des épisodes pour Davies, reprend le flambeau pour la saison 5 qui débute demain sur France 4. Et c’est un inconnu, Matt Smith, qui a la lourde tâche de faire oublier son brillant prédécesseur. Pour l’y aider, la série subit un petit lifting : nouveau logo, Tardis redécoré et encore plus spacieux, Daleks customisés (les robots hystériques se déclinent en couleurs flashy). Avec ses airs d’Hibernatus du XIXe siècle fraîchement décongelé et ses expressions désuètes, le onzième docteur est aussi le plus immature, donnant l’impression paradoxale d’un jeune vieillard espiègle. Avec sa nouvelle compagne, Amy (l’Ecossaise Karen Gillan), il forme un duo qui rappelle le couple Peter Pan et Wendy créé par un autre Ecossais de renom, J.M. Barrie. Diffusée l’an dernier en Grande-Bretagne, la saison 5 a réuni 8,4 millions de téléspectateurs autour du premier épisode. Dans une communion transgénérationnelle quasi religieuse. Paru dans Libération du 11 février 2011
Les 8 premiers docteurs - DR
Les 9e et 10e docteurs - DR
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