samedi 20 décembre 2008 23:10
Qui nous somme ?
Chaque samedi, la techno-chronique de Pierre Marcelle.
par Pierre Marcelle
tag : spam
Bien sûr, ça n’intimide pas autant qu’une sommation à comparaître dans l’heure au commissariat local, mais tout de même... Ça vous bipe et déboule sur l’écran du téléphone comme un spam sur celui de l’ordi, et ça vous dit sans ambages ni particulière animosité, je cite texto dans le texto : « salut c moi ? J’attends toujours ton appel, a croire que je t’ai laissé mon numero pr rien, rappelle moi au... » Comme ça n’est pas signé et que le numéro exotique qu’on vous enjoint de sonner ne vous dit absolument rien, vous subodorez l’arnaque, bien sûr. N’empêche. Cette familiarité d’adolescent à la syntaxe pressée autant qu’aléatoire a su, dans son mitan, trouver les mots pour, l’espace d’une demi-seconde, vous faire douter. Le coup de génie, ici, et dont on doute cependant qu’il ait été réfléchi, réside dans la formule « à croire que je t’ai laissé mon numéro pour rien ». Discrètement culpabilisante –pour un peu, ça vous mordrait, cette saloperie– et proprement incongrue en son registre linguistique, elle induit, derrière l’anonymat sans vergogne et le tutoiement affiché allant de soi, une déconcertante familiarité. L’injonction impérative qui clôt le SMS achève le travail. Comme c’est votre première fois, vous avez failli y aller voir. Un familier de passage, et qui connaît les modernes machines, heureusement vous dissuade d’appuyer sur une touche de rappel automatique en vous promettant mille morts et, en sus, le vidage de votre compte assuré par les soins de quelque mafia bulgare ou réseau de putes biélorusses. (Pourquoi bulgare ? Pourquoi biélorusses ?) Pourtant, le suffixe 358 du numéro de votre anonyme correspondant, à moins qu’il soit robot, identifie l’indicatif international de la Finlande. Quoi qu’il en soit, ne donnez pas suite ; laissez tomber, et oubliez que vous avez failli avoir peur. N.B. : S’interrompant pour des vacances à l’ancienne, avec coupures de courant et plausibles ruptures de caténaires, Moderneries reviendra le 10 janvier. Paru dans Libération du 20 décembre 2008
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