vendredi 20 avril 2007 07:30
RTL sur la voie du numérique
par Gérard Thomas
Il promène son mètre quatre-vingt-quinze dans les couloirs de sa station, rue Bayard à Paris. Et, régulièrement, désigne du doigt les kilomètres de câbles bleus suspendus au plafond. « C’est pour le numérique », lance fièrement Axel Duroux, 43 ans, président du directoire de RTL (RTL, RTL2, Fun Radio), qui se félicite des résultats de l’enquête Médiamétrie d’hier enracinant RTL à la première place des radios françaises. Après un plan de départs volontaires qui a permis à la station de rajeunir ses effectifs l’été dernier, le renouvellement de sa grille à l’automne et l’affirmation de sa pole position cet hiver, RTL entame son grand chantier de printemps : le passage au numérique. Entretien. RTL s’est fermement réinstallée sur la première marche du podium de l’audience radio. Quelle est la formule de votre cocktail gagnant ?
Le budget publicitaire suit-il l’audience ?
Vous souhaitez faire de 2007 une phase de « relance forte ». Dans quelle direction ?
Ne courez-vous pas le risque de vous retrouver en concurrence avec Google News ou d’autres sites similaires ?
Vous voyez-vous comme un patron à poigne ?
Je suis avant tout légitimiste. Je suis un patron dans la tradition de la station, qui respecte les valeurs et les codes de la maison. Par ailleurs, je m’inscris dans une relation humaniste à l’intérieur de l’entreprise, comme un adepte de la concertation et du dialogue social. Vous n’avez pourtant pas hésité à suspendre Alain Duhamel après sa prise de position pour François Bayrou devant des étudiants.
(1) Audience cumulée : pourcentage de personnes ayant écouté la radio au moins une fois dans la journée.
Dès mon arrivée à la tête de RTL, en avril 2005, j’ai fait de cette reconquête mon objectif prioritaire. Auparavant, RTL était restée durant vingt-cinq ans à la première place, avant de la perdre au profit de NRJ. Nous sommes fiers d’avoir récupéré notre leadership à la rentrée 2006 et de le maintenir. D’autant que nous l’avons assuré tant en audience qu’en part d’audience et en durée d’écoute (1). Mais la formule gagnante est constituée des mêmes ingrédients qui nous animent depuis quarante ans : l’information, l’interactivité et le divertissement. Nous les avons simplement adaptés à l’air du temps, en nous attachant à donner une meilleure lisibilité à la grille des programmes. Une radio, c’est avant tout une affectivité. Chez nous, l’information et la couverture de l’événement sont centrales. Notre obsession, c’est de ne pas rater l’événement, que ce soit la sortie d’un film, le concert de Michel Polnareff à Paris ou la tuerie de Virginia Tech aux Etats-Unis. Tout ce qui est important doit se retrouver sur l’antenne de RTL. Le divertissement crée pour sa part la durée d’écoute. L’auditeur vient chez nous pour s’informer et reste pour se divertir. Nous sommes très fiers de nos racines populaires. Dans les années 80, on parlait de nous comme de "la radio des concierges". Nous n’en rougissons pas.
Nous bénéficions incontestablement d’une prime au leader, qu’on peut chiffrer entre 20 et 25 % de bonus publicitaire. Ce qui nous a notamment permis d’amortir les séquelles de l’ouverture à la télévision du marché de la publicité de la grande distribution. Aucune campagne de pub ne peut, aujourd’hui, être conçue sans RTL.
2007 est avant tout l’année charnière qui va nous mener au numérique. Le premier étage de la fusée RTL était de retrouver le leadership perdu. C’est la pierre angulaire qui nous donne la puissance financière pour investir fortement. Or il faut être en bonne santé pour investir. Si les radios ratent le virage du numérique, leur avenir est incertain. Le média radio a l’avantage d’être gratuit et extrêmement mobile. On peut l’écouter partout. Ce n’est pas un média captif comme le journal papier, la télévision ou même Internet, devant lesquels il faut s’immobiliser. Il convient donc de revaloriser la radio, non pas en tant que média mais en tant que support. Elle est aujourd’hui assimilée au transistor, un objet ringardisé ! Le vieux transistor est passé de la pièce principale à la salle de bains ou à la cuisine, mais il a définitivement quitté la chambre des enfants ! Il faut ramener le support radio dans l’ensemble du foyer, et le numérique va le permettre, tout en nous assurant une couverture nationale. Il va par ailleurs falloir créer une communauté de marque, par exemple en incitant l’auditeur à aller sur un site web qui va développer ce qui a été dit sur la radio. Nous allons pouvoir exploiter sur d’autres médias des parties d’interviews non utilisées à l’antenne ou des iconographies récupérées par nos reporters sur le terrain.
Je ne vois pas comment quelqu’un pourrait dire aujourd’hui : « J’ai un lien affectif avec Google ! » Ce n’est qu’un moteur de recherche, et l’information sur Google News est faite par un robot qui sélectionne les actualités. Il s’agit d’une information nivelée par le bas. Le vrai journalisme repose sur l’exclusivité et la sélection de l’information.
Alain est toujours présent à l’antenne. Il a seulement arrêté son édito du matin après l’incident de Sciences Po, où il confiait publiquement son choix de vote pour François Bayrou. Ça peut paraître ridicule, mais c’est tout de même le franchissement d’un petit pont ! A partir du moment où il dit « Je vote Bayrou », n’importe quel autre candidat aurait pu exiger que ses trois minutes quotidiennes d’édito soient créditées pour Bayrou dans les comptages officiels de temps. Dès que les Français auront voté, Alain Duhamel reprendra tout naturellement son édito du matin.
Part d’audience : part de marché.
Durée d’écoute : par auditeur en minutes.
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