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lundi 19 septembre 2011 13:48

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Radios : la loi du jingle

par Isabelle Hanne

tags : radio , Radio France

Olivier Helle, responsable de la couleur d’antenne de France Culture et le compositeur Laurent Parisi, qui a rhabillé France Culture. Photo Samuel Kirszenbaum

Ça ne paraît pas grand-chose. Des petits sons, quelques notes, discrètes ou nerveuses, une gamme au piano ou des cloches qui viennent ponctuer l’antenne d’une radio. Horloge, tapis sonore, virgule, indicatif, jingle : on appelle ça l’habillage. D’année en année, dans les stations, on se gratte la tête pour peaufiner ces courts éléments musicaux. C’est que l’habillage doit être, à la fois, panneau de signalisation pour l’auditeur et instrument de communication : il incarne la ligne éditoriale de la radio.

Aucune grande station ne le laisse de côté. Tous les ans, des équipes de sound designers retravaillent les textures, les nuances, détournent les fondamentaux… Mais, dans un environnement aussi concurrentiel que celui des grandes radios généralistes, l’auditeur doit pouvoir identifier, le plus rapidement possible, la radio qu’il écoute. Rien n’arrêtera les trompettes de RTL de donner l’heure : elles résonnent depuis 1964. Ni le glockenspiel en do majeur d’Europe 1 : il est à l’antenne depuis… 1956.

En cette rentrée média, seule France Culture a osé faire un ravalement complet de son habillage. « Identité sonore, nous reprend son patron, Olivier Poivre d’Arvor. Je trouve le terme habillage extrêmement péjoratif : c’est comme si c’était quelque chose qu’on mettait sur un corps. Alors que ça fait partie du corps, de l’intérieur même d’un programme. » A la tête de la station depuis septembre dernier, il n’a pu vraiment modifier la grille à son aise qu’en cette rentrée. Et quoi de mieux, pour souligner ces transformations, qu’un nouvel habillage ? « Celui qu’utilisait Culture ces cinq dernières années me semblait mécanique, un peu lourd, juge OPDA. C’est très important : à travers l’habillage, c’est l’identité d’une chaîne qui se repère. Moi, je voulais qu’il rende compte d’une nouvelle ouverture sur le monde. »

Rendre compte d’une « ouverture sur le monde » en six secondes, quelques instruments et des bidouilles sur une platine ? C’est là que le responsable de la couleur d’antenne intervient. A France Culture, il s’appelle Olivier Helle : « Mon boulot, c’est de rendre l’antenne cohérente, homogène et extrêmement joyeuse. » Il s’occupe de l’esthétique de la station : forme des émissions, des partenariats, passage d’une émission à l’autre, ton des présentateurs… Et l’habillage, donc : « Si on avait voulu dire, à travers ces éléments sonores, que France Culture était une radio prestigieuse, high level, on aurait utilisé un jazz un peu classe, un peu Chesterfield et cigares, badine Olivier Helle. A travers ce nouvel habillage, on voulait dire : aventurez-vous, ici on parle du monde et à tout le monde. »

Cet été, aux côtés de l’équipe de direction, Olivier Helle a écouté, à l’aveugle, plus de 120 maquettes. Et ce sont les propositions du compositeur Laurent Parisi - avec ses « petits instruments un peu singuliers et très évocateurs comme le marimba, les calimbas, ces pianos de pouce africains, le glass harp, l’ukulélé… » détaille ce dernier - qui ont séduit la station.

Depuis le 29 août, ce sont donc quelques notes de marimba, une percussion et le son lointain d’une cloche qui constituent le nouvel indicatif de France Culture. « Il ne fallait surtout pas paraphraser le fait que c’est une radio culturelle, explique Laurent Parisi. L’habillage apporte une couleur, un style, un esprit. Comme quand on entre quelque part : selon la déco, on est plutôt enclin à être cool ou nerveux. »

Ces petits éléments sonores sont extrêmement sophistiqués : pour quelques secondes à peine, plus d’une douzaine d’instruments ont été joués séparément, différemment (avec le rond des baguettes, avec le bois des baguettes), subtilement mixés, retravaillés, réajustés… « Olivier [Helle] m’a fait enlever les choses qu’il jugeait un peu trop colorées, trop ethniques ou déjà entendues », raconte le compositeur, qui a déposé ses créations à la Sacem et sera payé en droits d’auteur à chaque utilisation par la station.

Pour la rentrée, France Inter a fait, elle, des petits travaux de rafraîchissement. Son responsable de la couleur d’antenne, Bruno Carpentier, a conservé la ligne mélodique de l’indicatif, composé par le saxophoniste Philippe Delettrez, à l’antenne depuis dix ans. Mais il a totalement changé l’orchestration : l’habillage a été enregistré avec des instruments réels, joués par une partie de l’orchestre de Radio France. « On voulait quitter l’écriture électronique, un peu froide et anxiogène, reconnaît-il. Et puis tout l’habillage était construit sur un mode mineur. On a tout passé en majeur : pas la peine de plomber l’info, pas la peine de sursignifier la complexité du monde. »

Lexique : les Habits de radio

Virgule : Court élément musical, souvent utilisé à l’intérieur d’un journal pour laisser respirer le présentateur et indiquer un changement de thème ou de rubrique.

Indicatif de chaîne : Des trompettes de RTL au carillon d’Europe 1, c’est le thème musical central d’une station, la matrice sonore à partir de laquelle on décline les autres éléments.

Jingle : Petit thème qui contient un élément d’identification parlé ou chanté - nom de la station, d’une émission à venir, etc.

Tapis ou déroulant : Elément sonore répétitif qui peut être prolongé à l’envi, selon les besoins du présentateur. Utilisé pour décliner les titres d’un journal, le sommaire d’une émission…

Paru dans Libération le vendredi 16 septembre 2011.

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