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mercredi 2 avril 2008 17:31

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Rapid Eye Movies : R.E.M dans l’œil des Concerts à emporter

par Marie Lechner

tags : musique , vidéo , concert

R.E.M en train de jouer Living Well is the best revenge. DR

En créant il y a deux ans, les Concerts à emporter (sur une idée de Chryde, fondateur de la Blogothèque), Vincent Moon, 28 ans, voulait filmer la musique autrement, hors du carcan des clips vidéo ou des tournées promo. Saisissant les musiciens à vif, sans filet, dans la rue (Pigeon John), dans le métro (Yeasayer a capella) dans un troquet (The Low Lows), un monte-charge (Arcade Fire), le coffre d’une voiture (Lapin Machin), les Concerts à emporter, téléchargeables sur le net, sont des moments rares, généreux, spontanés qui renouent avec l’essence même de la musique live, recréant cette proximité perdue entre le musicien et son audience.

On n’est qu’à moitié surpris de découvrir depuis le début de la semaine un poids lourd de la scène rock des années 90 affleurer parmi les 80 groupes pour la plupart confidentiels qui se sont prêtés à ces sessions acoustiques. « Le groupe est ok pour faire un Take away show, demain soir à Athens ». Au bout du fil, ce soir de septembre 2007, Bertis Downs, l’excentrique manager de R.E.M.

Le lendemain, Vincent Moon accompagnait Michael Stipe, leader magnétique, et les musiciens Buck et Mills dans une équipée nocturne mémorable. Le groupe se prête avec grâce au jeu de ces concerts improvisés, sur le bitume dans la lueur blafarde des phares, entassés dans une voiture, ou enfermés dans cet étrange silo à grain où Stipe rythme avec intensité Sing for the submarine à coups de coude sur la paroi. « Cette version acoustique a changé leur manière d’enregistrer leur morceau quelques jours plus tard », jubile le réalisateur, ravi que ses Concerts à emporter ne se contentent pas de « documenter le processus créatif mais y participent ».

Ces quelques images subtilement capturées en racontent plus sur le groupe que n’importe quel documentaire. Elles ne montrent pas des stars du rock, mais des musiciens absorbés, précis, engagés. « Ca permet de retrouver un rapport très intime avec eux, se réjouit le cinéaste, dubitatif au départ. Ils sont tellement rodés que je craignais qu’ils ne se ridiculisent dans ce genre de format ». Une crainte rapidement évacuée. « Leur démarche est totalement opposée à U2, l’autre dinosaure des années 90. U2 vient de sortir un concert ultra spectaculaire, filmé en relief, alors que R.E.M fait une proposition très intimiste au plus près des musiciens. »

La mode étant à l’authentique, ce Concert à emporter permet à R.E.M de se donner un petit coup de jeune, doublé d’une caution indé. Du flair donc, qui se double chez Michael Stipe d’une réelle curiosité artistique et d’un goût pour l’image (il a produit notamment Todd Haynes ou Spike Jones). Pour Accelerate, il a confié toute l’imagerie autour du nouvel album au jeune réalisateur, sur la foi de quelques vidéos. « Le groupe nous a laissé une grande liberté, ils ne sont pas intervenus sur notre travail, et se sont avérés beaucoup plus fréquentables que Arcade Fire. »

Le premier acte de cette incroyable rencontre remonte à mai 2007 par « un coup de fil : "Hello, this is Michael Stipe, from R.E.M" à une heure tardive et alcoolisée », retrace Vincent Moon. Le batteur des Low Lows, filmés lors d’une précédente session, n’est pas étranger à cette affaire. Originaire d’Athens (Géorgie) et ami de Michael Stipe qui y réside, il lui avait montré les Concerts à emporter. Assez convaincant pour que R.E.M les invite à filmer une série de cinq concerts live à Dublin l’été dernier, où le groupe a répété ses nouveaux titres devant ses fans, avant d’enregistrer leur album.

Vincent Moon, épaulé par Jeremiah, passera cinq jours avec le groupe à Dublin puis quelques heures supplémentaires entre Londres, New-York et Athens. Le matériel accumulé est décliné tous azimuts jusqu’à l’épuisement en un concert filmé, un clip vidéo, des expérimentations en ligne et un film musical impressionniste de 45 minutes intitulé Six Days. « Six Days montre notre découverte du groupe au fur et à mesure, R.E.M c’était pas trop notre truc, on connaissait Losing my religion », reconnaît Jeremiah.

Cette recherche formelle et sensorielle se retrouve dans Nightynights, autre projet web prélude au film Six Days où pendant quatre vingt dix jours, à compter du 1er janvier 2008, Vincent Moon met en ligne une vidéo - « un plan brut » - dévoilant touche par touche l’univers de R.E.M. « Ce projet fait écho à un site que Michael Stipe a alimenté pendant un an, en postant tous les jours une photo, téléchargeable en grand format. J’ai repris cette idée, avec des “photos en mouvement” dans lesquelles le spectateur peut naviguer librement », explique Moon qui a débuté dans la photographie avant de se saisir de la caméra, inspiré par les travaux de Michael Ackerman et Antoine D’Agata ou plus indirectement par Peter Tscherkassky.

A la demande expresse de Stipe qui le contacte alors qu’il est au fin fond du Mali, Moon accepte à contre-cœur de réaliser le clip du single « Supernatural Superserious ». « Je déteste ça, c’est totalement artificiel, faire 3 minutes trente pour vendre de la musique à la télévision avec un budget énorme, c’était horrible », dit le volubile créateur, mécontent du résultat. Il prend sa revanche en le déclinant sous une forme plus expérimentale en ligne, mosaïque de vidéos, qu’on peut activer comme un instrument de musique audio-visuel. « J’ai toujours cherché ce rapport d’égalité entre le son et l’image, mais je l’ai rarement trouvé. Même les documentaires les plus célèbres sont rarement des films musicaux. Le seul à avoir trouvé ce rapport parfait c’est Step across the border sur le musicien anglais Fred Frith, un chef d’oeuvre absolu. »

« J’ai toujours voulu essayer de filmer la musique différemment. Les Concerts à emporter, c’est un projet pop, adapté à des morceaux de quatre cinq minutes avec des mélodies, mais ce n’est pas forcément transposable à d’autres types de musiques notamment les musiques improvisées que j’adore. » Vincent Moon s’apprête à partir sur un nouveau projet, avec un ami violoncelliste qui va confronter son instrument à d’autres musiciens à travers le monde. « Je souhaite voyager plus loin, quitter la sphère de la pop music, et à la manière de Sufjan Stevens qui fait un album pour chaque état des Etats-Unis, je souhaiterais mener un projet filmique dans chaque pays du globe ». Une première ébauche de cet ambitieuse cartographie devrait bientôt voir le jour sur son nouveau site personnel temporaryareas.com.


#89.5 - R.E.M. - Sing for the Submarine


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