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mercredi 1er août 2007 11:00

  • cinéma

« Ratatouille » à la bonne franquette

par Gilles Renault

tags : animation , dessin animé

Rémi le rat, héros de « Ratatouille » - DR

Créés en 1986, les studios Pixar n’auront eu besoin que de quelques années pour imposer mondialement leur virtuosité créative, se mettant critique et public dans la poche avec des réussites aussi avérées que Toy Story, 1001 Pattes ou Monstres & Cie. Vingt ans plus tard, la maison futée, passée maître dans le maniement de la 3D, a fusionné avec le pachyderme Disney et on imagine que chacun y a trouvé son compte.

Ratatouille, qui sort aujourd’hui, synthétise en fait assez justement l’union, confirmant certaines audaces de l’un tout en ravivant les couleurs de l’autre. En coulisses, on pourrait aussi parler d’acceptable compromis, alors que John Lasseter et Michael Eisner, les deux boss respectifs, n’étaient pas exactement les deux meilleurs amis du monde. C’est Brad Bird, réalisateur des Indestructibles pour Pixar, en 2004, qui a tout ajusté, sans qu’on aperçoive la jointure. Jan Pinkava avait lancé l’affaire, mais il a passé la main, officiellement consentant, car il calait au niveau du récit.

Nous y sommes : Ratatouille, sous des abords prudents (la Belle et le Clochard et les Aristochats semblent ses deux références), constitue pourtant une forme de défi. Autant Cars, le précédent Pixar, se ­focalisait sur un engouement spécifiquement américain pour la Nascar - des courses de bagnoles -, autant Ratatouille (initié quand l’Amérique battait froid à la France sur fond de conflit en Irak) plonge dans l’univers parisien de la haute gastronomie, où le grand public américain pourrait n’y comprendre que couic !

Sur le fond, les codes sont respectés (éloge de l’entraide comme levier du surpassement de soi, bluette entre les deux jeunes humains qui sont au fourneau) avec, inscrite au fronton, la doxa disneyenne : « Croire en tes rêves ». Mais la démonstration, elle, n’est pas exempte de surprise : l’idée d’avoir une souris dans sa cuisine a une dimension phobique, ici c’est une armée de rats grouillants qui surgit. Un des deux méchants, l’autre étant un chef nabot fourbe, est un journaliste grimé en croque-mort qui se prend dans les dents une réplique d’une violence définitive : « Le mets le plus médiocre a sans doute plus de valeur que votre critique qui le dénonce comme tel » - on relèvera en outre qu’au début, le bon gros Gusteau, chef rimant avec le souvenir de Bernard Loiseau, s’est suicidé après avoir été ­démoli par une plume fielleuse ! Même la fin se termine sur un état des lieux non dénué d’ambiguïté.

A l’inverse, puisque l’audace a aussi ses limites et que point trop n’en faut (déjà qu’on a gardé pour les Etats-Unis le titre français, traduit phonétiquement mais imbitable), il faut ricaner du regard américain qui perdure sur le Paris actuel, où l’on se sert d’un téléphone portable, mais où toutes les rues restent pavées avec, sur le bitume, des livreurs à bicyclettes et des DS pour principal moyen de locomotion. Tandis que les deux héros, Rémi le rat et Emile le cuistot, eux, ­gardent cette dimension ­consensuelle assez sage pour, toutefois, faire bouillir la marmite.

Bande-annonce de « Ratatouille »

Ratatouille
film d’animation de Brad Bird, 1h50.
Sortie le 1er août 2007 ;


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